De fil en aiguille : Nairobi, Merkel, la discordance environnementale… et la remise en forme, pour nous les femmes

« Horreur à Nairobi » titre Libé ce jour. L’horreur une nouvelle fois à la une, l’horreur encore et toujours. Le vocabulaire manque pour désigner les différents niveaux de l’horreur. Syrie, attentat sanglant au Pakistan, super typhon en Chine, violents combats contre les indépendantistes musulmans aux Philippines… sans parler de la misère quotidienne, des sans abris, des expulsions, de la montée des tensions xénophobes. Le lot quotidien. Sur une échelle de 1 à 10, où situer l’horreur de Nairobi ? 6 ? 7 ? Pourtant, depuis hier, à propos de l’attaque d’un centre commercial par un commando de Shebabs, les djihadistes somaliens, je perçois des contradictions entre le discours et la forme. Hier, au JT de 20h00, sur France 2 (mais sans doutes les images étaient les mêmes ailleurs), le reportage avait tout de la fiction et l’horreur, la tension, fonctionnaient comme un spectacle.

Des soldats en embuscade, tendus et prêts à tirer au moindre craquement suspect, une mère de famille tapie au sol tentant de protéger ses deux enfants, une jeune femme, s’échappant d’une bouche d’aération où elle s’était cachée, des victimes par dizaines quittant le centre alors que des coups de feu se font encore entendre tout prêt et risquent de les atteindre, voilà ce que nous montraient les caméras. Toute la séquence semblait construite comme une scène de série américaine, multiples points de vue et suspense garantis. Comment peut-on filmer aussi « bien », aussi complètement, au cœur de l’action, alors qu’on ne parvient pas à secourir des heures durant des victimes paralysées par l’effroi, me demandais-je ? J’espérais que quelqu’un allait crier « C’est bon, c’est dans la boîte, on fait une pause et on reprend le tournage dans 15 minutes ». Ce matin, récit sur Inter à propos du poste de secours médical installé juste devant le centre commercial, destiné surtout aux blessés légers et en particulier aux soldats (on nous explique que les blessés graves sont immédiatement transférés à l’hôpital le plus proche, nous voilà rassurés). Il est question d’un soldat venu se faire soigner suite à une lacération de ses doigts (?! parfois un détail inutile soulève une interrogation bizarre : pourquoi « doigts lacérés », que s’est-il passé, et pourquoi pas « blessure de la main », il me semble que ça aurait suffit, mais bon, who cares !). On apprend que le militaire, courageux, est reparti dans le centre commercial, alors qu’il était traumatisé par ce qu’il venait de vivre. La journaliste explique ensuite que des gâteaux et des boissons chaudes servent à réconforter les soldats. Ah bon, alors si c’est cinéma permanent, esquimaux et chocolats glacés, on est rassuré, non ? Et puis, plus tard, alors que l’attaque a déjà fait près de 70 morts et autant de disparus, on nous raconte que le directeur des opérations de police et les Shebabs communiquent via twitter et que le vice-président kenyan, jugé à la cour pénale internationale, poursuivi pour « crime contre l’humanité », a été exceptionnellement autorisé à quitter la Haye pour aller mettre un peu d’ordre dans son pays. D’où me vient ce sentiment insistant que tout cela est surréaliste ? Que disais-tu, William S., à propos de la vie, « une fable racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien » ?

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Libé, p.9 : Merkel’s style, the Blazer : un montage photo extrait du projet de la graphiste néerlandaise Noortje Van Eekelen, intitulé « The spectacle of the Tragedy », une base de données visuelles sur le « show européen » et ses principaux acteurs. Un assemblage que nous sommes sans doute nombreux à avoir imaginé, des photos de la chancelière allemande, avec toute la gamme de couleurs de ses vestes aux formes quasi identiques. Effet pantone garanti ! Angela Merkel, du fait de ses préférences vestimentaires claires et nettes, ne doit pas s’embarrasser le matin de la sempiternelle question : « Mais qu’est-ce-que je vais bien pouvoir porter aujourd’hui ? ». Seule la couleur fait l’objet d’une décision sur laquelle on imagine que la météo et les rendez-vous du jour ont un impact. Pour une femme qui doit prendre une centaine de décisions quotidiennement, j’applaudis la trouvaille qui lui en épargne une. Surtout que le choix matinal de l’enveloppe du jour, aussi anecdotique qu’il puisse paraître, peut accaparer plusieurs minutes (voire davantage si l’on a l’impression d’avoir fait le mauvais choix tout au long de la journée) et envahir un petit morceau de cerveau, bien mieux utilisé par ailleurs. Ceci dit, ce montage photo me fait le même effet qu’en entrant dans un magasin benetton, un marchand de crayons de couleurs et autres tubes de peinture ou encore cette boutique de gants de la rue de Rennes à Paris : je ne sais lesquels choisir, ce que je trouve beau, c’est l’ensemble des nuances et leur cohabitation, je les veux toutes, et donc… je repars les mains vides !

Toujours Libé, p. 18, la photo illustrant l’article sur la conférence ou plutôt la discordance environnementale. Duflot, assise près du ministre du redressement productif, semble s’écarter de Montebourg, lui préférant la compagnie de Philippe Martin, ministre de l’écologie. Et Montebourg, lui, de regarder dans une direction différente des trois ministres placés à sa gauche, Duflot, Martin et Ayrault. Comment ces quatre là vont-ils s’entendre sur les gaz de schiste et la décarbonisation de l’économie ? Mêmes incompréhensions qu’entre Valls et Taubira dans le domaine de la justice ? La photo en dit long sur les difficultés de mener une politique quand on n’est pas tout à fait d’accord sur l’étoile à suivre.

Et pendant que je lis mon journal, attablée à la terrasse d’un café (petit bonheur du matin), concentrée sur la page Rebonds et l’article pertinent de Grégoire Biseau, « Peut-on être ‘président des entreprises’ et socialiste ? » (dont je ne peux communiquer de lien puisque sa lecture sur le web est réservée aux abonnés), trois hommes devisent sur la pluie et le beau temps, le héros du jour Tony Parker (grâce à eux, j’ai appris l’expression MVP pour Most Valuable Player), leurs vacances en Bretagne encore toutes fraîches, la région entre Saint-Malo et Val André (que j’aime beaucoup moi aussi… grrr, maudite attention fluctuante, ne pas écouter, se concentrer sur la lecture du journal), un récit composé de ciré, de bottes (mais il a fait si beau en Bretagne cet été !), d’huîtres, de saveurs de la marée, « avec un peu d’ail, c’est délicieux », « une région idéale pour toute la famille, y compris pour les femmes, il y a un centre de remise en forme très sympa à Dinard »… alors, si Dinard a même prévu le centre de remise en forme (en formes ?) pour nous, les femmes, que réclamer de plus ?

From Luxor

Il a décroché le téléphone et avant même que le son de sa voix parvienne à mes oreilles, c’est le timbre familier du brouhaha égyptien qui s’est fait entendre, les mots de passants bavards, les klaxons impatients, me connectant instantanément avec ce pays que j’aime et qui aujourd’hui se déchire. J’étais heureuse que mon ami Mohamed réponde au téléphone. Sans être trop inquiète – il vit à Louxor, où l’agitation est loin d’avoir atteint le chaos du Caire – j’étais préoccupée. Avant tout, que devient-il ? Comment fait-il pour survivre dans ce pays exsangue ? Mohamed, comme la grande majorité des habitants de Louxor, vit du tourisme. Depuis la révolution, depuis février 2011, la situation est rude, les touristes délaissent le pays des Pharaons et rares sont ceux qui visitent les temples de la Haute-Egypte ou naviguent, sur des sandals transformés en voiliers de charme, au fil du Nil jusqu’à Assouan. Lire la suite de ‘From Luxor’

Préjudice esthétique

Tout a commencé par une belle journée d’été, près de la mer, sur un chemin de dunes de sable et de pins. Un crack net et clair, léger, presque irréel, comme le son d’un morceau de bois bien sec qui se brise. La signature sonore d’une épaule heurtant le sol. On ne freine pas dans une descente sablonneuse, même un peu raide et fut-ce pour éviter les épineux : ça dérape, tout le monde sait ça… sauf moi. Un crack, un bref instant suspendu puis une immense douleur, l’urgence de se relever tout en se demandant comment ce sera possible, la pensée que ce n’est rien, ce son, le fruit de mon imagination, il suffira sans doute de remettre le bras en place, « tiens fils, vas-y, tire, tu sais, comme dans les films… enfin pas trop fort tout de même ! », et tout rentrera dans l’ordre. Lire la suite de ‘Préjudice esthétique’

La ville désirable

A la question, qu’est-ce qu’une ville durable, posée à Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle, ville pilote en développement durable, la réponse fut claire : c’est une ville désirable. Le durable, c’est du désirable. Pas le désirable vendu par les annonces publicitaires. Pas, comme dans la chanson Foule sentimentale d’Alain Souchon, « de l’avoir plein nos armoires ». Lire la suite de ‘La ville désirable’

Il nous faudrait « une bonne guerre » ?

« Peut-on bâtir un monde durable avant la fin du monde? ». Cette question aux accents eschatologiques n’est pas le fruit d’un prédicateur illuminé, mais le titre d’un article publié il y a quelques mois dans le quotidien britannique The Guardian. Ecrit par un spécialiste du développement durable, il se fait l’écho d’une sourde angoisse contemporaine quant à l’avenir de la planète dans le contexte du réchauffement climatique et de l’épuisement de la ressource. Que faire ? Rien, selon les pessimistes, le monde court à sa perte et c’est tant pis pour nous. L’humanité peut disparaître, la Terre, résiliente, survivra aux désordres climatiques. Agir, estiment les optimistes, transformer la volonté en décisions et les décisions en actes. Agir, oui, mais agir vite. Lire la suite de ‘Il nous faudrait « une bonne guerre » ?’

CliMates : l’intelligence collective en action

« On va continuer de grandir et progresser ». Par ce sms aussi résolu que laconique, Henri Landes, jeune franco-américain qui préside aux destinées d’un réseau international d’étudiants, confirme mon sentiment : CliMates a un bel avenir. Think and do tank réunissant des jeunes du monde entier pour réfléchir et agir sur les questions du changement climatique, CliMates vient de tenir son premier sommet à Paris.

CliMates : l'intelligence collective en action dans Documentaire climates1 © CliMates
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Le protocole pris au piège

Cette belle formule, dont je ne suis pas l’auteure revient à Alexandre Astier. Comédien, auteur-réalisateur-metteur en scène, musicien, connu pour la série Kaamelott, il a réalisé le film David et Madame Hansen qui sort aujourd’hui en salle. Hier matin, sur les ondes d’Inter, dans l’émission de Pascale Clark, j’ai eu le plaisir de l’entendre évoquer un documentaire allemand, Une journée disparue dans le sac à main, en particulier l’héroïne dudit documentaire qui a inspiré son film. Il expliqua, en substance que, par chance, cette femme, malgré la maladie, avait encore les moyens d’exprimer ce qu’elle ressentait, pouvant ainsi « envoyer chier » (je cite !) l’ergothérapeute à chaque tentative de proposition d’ « activité ». Et de raconter sa jubilation devant « le protocole pris au piège ». Lire la suite de ‘Le protocole pris au piège’

La conversation fertile

Peut-être avez-vous eu un jour la chance* de naviguer au large de la pointe du Raz, là où les courants marins de la Manche et ceux de l’Atlantique se percutent et s’entremêlent pour donner vie à une mer tourbillonnante ? Par une fin d’après-midi, un soleil d’or se rapprochant de l’horizon, j’ai pu éprouver ce moment rare : je quittais une mer d’huile pour voguer sur des eaux plus agitées, dans une ambiance de mouettes crieuses, de vents contraires et de lumière métallique, signes d’un changement, d’un passage, d’une transformation.

Cette image puissante, où la clarté se joint à une inquiétante étrangeté, me vient lorsque je pense au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Incertain, changeant, tout y semble possible : des ravages tsunamiques aux horizons lumineux, personne ne sait très bien de quoi demain sera fait. « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve », écrivait le poète Hölderlin. Lire la suite de ‘La conversation fertile’

Des musiciens et des banques

Il y a quelques semaines, circulait sur les réseaux sociaux, la vidéo d’un groupe de chanteurs et de danseurs espagnols qui protestaient de façon flamboyante contre la crise financière. Las de voir les pouvoirs publics injecter de l’argent dans la banque, en l’occurrence Bankia, alors que la population subit une grave crise économique et sociale, Pincho de Leche entamait une bulería (l’un des schémas rythmiques du flamenco) au cœur d’une agence bancaire, bientôt accompagné par le ballet ardent de femmes fières et indignées, menées par Paca la Monea. Si le réflexe d’un agent de la banque consiste à décrocher rapidement le téléphone pour appeler à l’aide devant une telle intrusion, les clients, eux, apprécient manifestement l’heureuse surprise. Et pour cause ! Quelle superbe !

Image de prévisualisation YouTube Lire la suite de ‘Des musiciens et des banques’

Jeunes et même pas peur !

Beaucoup de points d’exclamation, décidément, dans les titres de mes derniers posts. L’expression d’un enthousiasme façon Coué ? Sans doute, tant il me semble que l’optimisme de la volonté reste le meilleur allié du pessimisme de l’intelligence, pour reprendre la formule de Gramsci.

De l’intelligence, de l’émotion (mais l’une ne pas va sans l’autre comme nous le savons grâce aux neurosciences), les étudiants réunis au sein de Paris+20, à Science Po, en ont témoigné ces derniers jours. Qu’ils étudient à l’IEP ou dans d’autres écoles et universités, et alors que leurs petits camarades ont pour la plupart déserté les salles de cours, les Paris+20 sont restés pour « jouer » à… Rio+20. Jouer au sens très sérieux des enfants, avec des règles à respecter, des enjeux et des objectifs à atteindre. Jouer pour apprendre, pour comprendre et pour agir plus efficacement lorsqu’une situation comparable au jeu se présentera un jour, en « vrai ». Un exercice pédagogique grandeur nature qui vaut sûrement un bon cycle de cours sur les négociations internationales.

Jeunes et même pas peur ! dans Ecologie Paris+2021 Lire la suite de ‘Jeunes et même pas peur !’

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