Cadavres exquis

Suite au viol et au meurtre d’une jeune femme il y a quelques jours, Brice Hortefeux veut élargir de 2 à 4 jours la garde à vue pour les personnes soupçonnées de viol. Et hop ! D’un coup de baguette magique, c’est l’application désormais routinière de l’équation : nouveau crime + malaxage médiatique + émotion populaire = faut changer la loi. Ce qui fait dire au magistrat Serge Portelli, dans son blog, « Pour les amoureux des libertés, pour ceux qui portent en eux les valeurs de la démocratie et tentent de les faire vivre, chaque jour devient un supplice » et plus loin : « La première réaction, comme d’habitude, est la sidération. La démagogie, à ce degré, rejoint l’esthétisme. Quand la politique atteint ce point de perversion nous sommes dans l’oeuvre d’art. Puiser au plus profond de la souffrance, du drame et de l’horreur pour détruire les libertés, tromper cyniquement l’opinion publique pour recueillir quelques voix de plus aux prochaines élections, permet d’atteindre une sorte de pathétique absurde. » Moins lyrique, pas spécialement connu pour ses positions gauchistes,  l’avocat général Philippe Bilger, estime que cette « mesure dégainée », tel un « baume destiné à apaiser l’opinion publique secouée par chaque tragédie criminelle serait la pire des solutions. » Au passage, je plains les juristes qui doivent s’arracher les cheveux avec un droit aussi versatile.

A propos de droit, je viens d’apprendre que Jean Sarkozy, le fils de son père, n’est, à 23 ans, qu’en deuxième année… de droit. Je doute que la nécessité de financer ses études explique la lenteur de son cursus. Est-ce son goût pour le théâtre qui l’a écarté quelque temps d’un chemin plus honorable ? Ou, est-ce la difficulté d’assimiler toutes ces modifications successives du droit ? Mais, comme l’explique, à propos de son fils, le Dr. Diafoirus, dans le Malade Imaginaire de Molière, rassurons-nous :  « Les arbres tardifs sont ceux qui portent les meilleurs fruits. On grave sur le marbre bien plus malaisément que sur le sable; mais les choses y sont conservées bien plus longtemps; et cette lenteur à comprendre, cette pesanteur d’imagination, est la marque d’un bon jugement à venir ». Enfin, dans le cas présent, il a peut-être du mal avec ses études, mais il gravit l’échelle du pouvoir à une vitesse hallucinante. En témoigne sa nomination à la tête de l’EPAD, l’établissement public d’aménagement de la Défense. Ce quartier de la banlieue parisienne, avec 3 millions de mètres carrés de bureaux, deux mille cinq cents sièges sociaux d’entreprise et cent cinquante mille salariés, constitue le premier quartier d’affaires européen. Le mode de recrutement de l’EPAD n’est pas le même pour tous, souligne dans son blog Christophe Grébert, un habitant de Puteaux qui a lancé une pétition pour que le fils du président renonce à ce poste. Quand il recrute « pour de vrai », l’EPAD exige un diplôme d’ingénieur ou d’architecte et de 3 à 5 ans d’expérience. De son côté, Jean Sarkozy répond à ses détracteurs: « Je demande à être jugé non pas sur l’état civil mais sur les actes et sur les résultats ». C’est comme moi !! J’aimerais être nommée à la tête du Centre National de la Cinématographie (CNC) et je demande à être jugée sur mes résultats !

Pendant ce temps, des « ultra-gauchistes » cassent vitrines et abribus à Poitiers. « Nous détruisons votre monde morbide ! », « Game over » et « Guerre sociale » ont-ils écrit sur les murs de la ville. L’ultragauche, qu’est-ce que c’est ? J’ai fait un tour rapide sur le web (oui, je sais, ce n’est pas la meilleure source documentaire, mais ce n’est qu’un début) et il semble que le concept soit assez flou. « Au sens le plus large, l’ultragauche désigne les courants révolutionnaires marxistes anti-léninistes » peut-on lire sur wikipédia. Apparemment, l’extrème gauche est moins à gauche que l’ultra-gauche. J’essaye de faire un parallèle avec les ultra-violets mais on ne dit pas extrème violets alors c’est vain. Toujours est-il que la dernière fois qu’on a parlé d’ultragauche, c’était dans l’affaire de Tarnac (Coupat and coll, soupçonnés d’avoir saboté la caténaire d’une ligne de tgv). Les supposés dangereux terroristes, relâchés depuis faute de preuves, tenaient une épicerie de village. Ils divulguaient des idées propices à l’insurrection, selon le ministère de l’intérieur. Pour en revenir à Poitiers, ne nous posons pas de questions, ne nous demandons pas la signification d’un tel acte, collons une étiquette amalgamante « quelque chose de très à gauche » et passons à autre chose.

Enfin, je ne résiste pas au plaisir un rien pervers de relater une publicité entendue ce matin à la radio. « Votre chambre froide tombe en panne la veille du week-end, pas de problème avec MMA ». Ouf ! ai-je immédiatement pensé. Me voilà rassurée, je saurai quoi faire la prochaine fois que ça m’arrivera. C’est vrai quoi, nos chambres froides ont le chic pour s’arrêter de fonctionner la veille des fins de semaine (j’écris « fin de semaine » parce que je pense à mes amis québécois et je veux aussi leur dire que chambre froide n’est pas un autre mot, chez nous, pour parler du réfrigirateur de nos cuisines, mais bien la chambre froide du boucher, celle où il stocke ses quartiers de viande). J’adore les pubs pour les assurances et les produits d’épargne qui envahissent les ondes d’Inter. On se sent dans un monde rassurant, où tout est prévu, tout sans exception ! La maladie, les accidents, les catastrophes, la vieillesse, la mort… il n’y a plus rien à craindre… pour autant que l’on s’assure, évidemment. Dès lors, le graal est atteint : le risque zéro. Ah le joli monde sans risques… et pleins d’angoisse !!!

Cette histoire de chambre froide me rappelle le récit d’ Alice, l’arrière grand-mère de mon fils. Partie sur les routes de France en juin 1940, au moment de l’exode, avec son fils de 3 mois dans les bras, elle revient quelques jours plus tard sur son lieu de départ. Bouchère, Alice retrouve la chambre froide de son commerce plus froide du tout et en piteux état. On imagine les effets de la macération de la viande. Et Alice de raconter comment elle a dû nettoyer la chambre, toute seule avec le commis (son mari venait d’être fait prisonnier). Vers ses 90 ans, elle terminait son récit par un « Ah ben aujourd’hui, je ne le ferais plus ! » suivi d’un petit rire. Ah si Alice avait eu la MMA!

http://chroniquedelhumaniteordinaire.blogs.nouvelobs.com/

http://www.philippebilger.com/blog/2009/10/fautil-prolonger-la-garde-à-vue-pour-les-violeurs-.html

http://www.monputeaux.com/2009/10/la-defense-recrutement-epad.html

 

3 Réponses à “Cadavres exquis”


  • pierre-jean (jean-pierre)

    23 ans à la tête de la Défense! Il paraît que ça fait rire jusqu’en Chine… L’ascension fulgurante de Jean Sarkozy est aussi un « Beau modèle » pour les jeunes à qui l’on dit qu’ils doivent s’efforcer coûte que coûte d’obtenir de hauts niveaux de diplômes pour gagner un statut, un poste à responsabilité dans notre société (morbide…). Car la concurrence scolaire est vive aujourd’hui. C’était l’objet d’un article du Monde à propos du livre d’eric Maurin, directeur de recherche à l’EHESS (la Peur du déclassement, je crois) sur la concurrence scolaire qui est aujourd’hui plus que renforcée par rapport aux années 1970. Son livre explique que l’angoisse scolaire n’a jamais été aussi forte. En effet, en 2008, le chômage parmi les diplômés du supérieur est inférieur à 10 %, alors qu’il s’élève à 50 % pour les non diplômés, soit un écart de 40 points, la différence n’était que de 10 points au milieu des années 1970. La course au diplôme est donc plus que d’actualité, mais pas pour tout le monde, dans ce domaine, certains sont « moins égaux que d’autres ». Jean Sarkozy n’est pas concerné par la peur du déclassement, lui.

  • Il est bien ton livre sur l’adulte surdoué.

    Ne pas confondre intelligence et performance
    ne pas confondre compétences et réussite écrit Jeanne Siaud-Facchin
    à propos des surdoués… mais nos classiques nous l’ont dit:
    « aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas…  » on connait la suite.
    Conclusion Jean est un surdoué, bien né qui cristallise les jalousies.
    Facile à comprendre non o:-)?

  • @Jean-Pierre : oui, j’ai vu ce sujet de la télévision chinoise où ils parlent de Jean Sarkozy. Je ne sais pas s’ils en rient (c’est difficile sans comprendre la langue) mais toujours est-il qu’ils en parlent… m’est avis que ça fait désordre et que l’on peut se demander si nous en avons vraiment terminé avec la monarchie !
    Le petit Jean, lui, au moins, ne risque pas le déclassement, lui !

    @Daniel : comme dirait Sheldon, l’un des physiciens de la série The Big Bang Theory, « je me trompe ou tu es sarcastique ? » ;-)

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