Le vrai sexe faible

Avec ce titre, je sens que je vais intriguer voire faire bondir. Voilà longtemps déjà que j’ai envie de raconter des « choses vues » et des impressions ressenties lors d’un court séjour dans un service hospitalier d’andrologie. Ce matin, l’actualité m’en fournit le prétexte.

Il y a d’abord, la demande de castration physique par Francis Evrard, violeur récidiviste, bientôt jugé pour avoir séquestré et abusé sexuellement d’un petit garçon en 2007. Oui, vous avez bien lu : castration physique. J’ai bondi en entendant cette info ce matin, j’ai cru qu’il y avait eu un lapsus mais il s’agit bien d’une demande d’ablation des testicules. Il paraît que cela se fait au Canada. En France où d’une manière générale, la chirurgie est beaucoup plus conservatrice que dans les pays anglo-saxons (c’est à prendre au premier degré, les chirurgiens français misent davantage sur la conservation d’un organe et rejettent les atteintes à l’intégrité du corps quand ce n’est pas indispensable), la nouvelle est surprenante. Evrard réclame donc au président de la République (qui a sûrement d’autres chats à fouetter en ce moment… pauvres chats, cette expression est vraiment bizarre… bon, je m’égare…), donc Evrard demande  l’autorisation de subir une castration physique pour en finir avec ses « tendances avec les enfants ».  L’avocat de la partie adverse estime que c’est du bluff, qu’ Evrard ne risque rien avec une telle demande puisque la justice française ne pourra y accéder.

Autre fait d’actualité ayant trait à la condition masculine le « boom des test ADN de paternité », comme le titre Le Parisien. Entre 10.000 et 20.000 pères français auraient chaque année recours à ces tests pour vérifier qu’ils sont bien les pères de leur enfant. L’étendue de la fourchette me pose question ainsi que le « chaque année » (depuis quand ?)  mais là n’est pas le problème. Ces tests non encadrés par la justice sont effectués à l’étranger (il suffit d’envoyer de la salive par correspondance). Ils sont illégaux en France où seul  un juge peut lancer une telle procédure. Les contrevenants encourent une peine de prison… mais apparemment, ils sont assez nombreux à en prendre le risque.

Pauvres hommes, je vous plains ! Et ne voyez là aucune ironie. Car même si je suis une sympathisante féministe, s’il m’arrive souvent de prononcer un « Ah les mecs ! » pour râler contre certains travers masculins (bien que je déplore les généralités… j’assume la contradiction), si je fulmine régulièrement contre l’inégalité des salaires et des traitements domestiques et professionnels, je ne peux m’empêcher d’être troublée par les fragilités masculines. C’est à mon avis ces fragilités et les angoisses qu’elles suscitent chez les hommes qui entraînent l’agressivité à l’encontre de la gente féminine.

Comment se fait-il que tant d’hommes doutent de leur paternité ? Y a-t-il réellement autant de femmes qui « trompent » leur compagnon ? Ce test de paternité me semble en effet davantage être un test de fidélité. Je viens de lire l’interview d’une juriste à ce sujet. Pour elle, ces tests doivent devenir légaux : il faut en finir avec les secrets de famille. Certes, les secrets sont souvent lourds à porter. Mais alors, que deviendront les enfants non adn-ement corrects ? On les jettera dehors avec la maman ? Je n’ai pas de réponse. Je veux bien admettre qu’il peut être douloureux de ne pas avoir la certitude qu’un enfant est bien le sien, et plus douloureux encore d’insinuer cette idée dans la tête de sa progéniture qui risque de s’interroger toute sa vie. Mais la glasnost en matière de gènes me laisse dubitative.

Je reviens à mon bref passage dans un service d’andrologie (c’est un peu décousu ce matin, désolée, mais les idées s’enchaînent à vitesse grand v et j’essaye de les transcrire aussi simplement que possible, vous ferez le tri) . C’était il y a environ huit ans. J’y étais en repérage, je venais d’apprendre qu’il y avait très peu de services d’andrologie à l’hôpital en France (je ne sais pas où on en est aujourd’hui). Les messieurs sont traditionnellement suivis en urologie pour les problèmes de panne sexuelle, et en gynécologie (!) pour les problèmes de stérilité. Un urologue lillois avait estimé qu’il fallait offrir un service spécifique aux hommes et avait dû batailler pour ça.  Ce médecin avait accepté que je passe deux jours à ses côtés pour observer ce que ses patients vivaient. Ce serait un peu long de tout raconter ici (si vous y tenez, je ferai un autre article), mais je me souviens surtout  d’une chose : j’avais été frappée par la dureté de… certaines femmes. Ben oui ! Là, je me fais siffler par mes amies féministes… désolée, mais je dois avoir l’honnêteté de reconnaître que les femmes sont parfois dures elles aussi.

Deux hommes étaient venus consulter pour des problèmes de stérilité. Absence de spermatozoïde à l’éjaculat pour chacun des deux ou, en terme médical, « spermogramme anormal ». « Nul », s’était exclamé l’une des femmes. Déjà mère de six enfants d’un précédent mari, elle tenait absolument à en avoir un du nouveau. « Madame, vous devriez faire attention aux mots que vous employez », avait doucement suggéré le médecin. « Vous voyez comment elle me traite », avait remarqué le mari, en riant jaune. L’autre patient avait des testicules très inférieurs à la normale (je vous rassure, je n’ai rien vu de l’anatomie de ce monsieur, je ne suis pas « habilitée », mais le médecin m’a montré à quoi ils correspondaient sur un chapelet en plastique et je dois vous dire qu’en effet, le monsieur n’était pas très bien doté par la nature). Pendant toute la durée des explications du médecin, détaillées, claires, pleines de tact, l’épouse ne bronchait pas. Le regard fixe, dur, elle semblait attendre une brèche dans les propos du praticien qui déconseillait toute intervention chirurgicale pour aller prélever des « spermatides » (les bébés spermatozoïdes pour faire simple) en direct dans les testicules. Une intervention périlleuse puisqu’ en allant chercher des spermatides chez ce patient, on risquait de retirer également le lieu de production de la testostérone, ce qui aurait obligé le patient à en prendre par voie médicamenteuse à vie pour compenser (il avait alors 27 ans). A la fin de ses explications, le médecin propose un délai de réflexion. « Oui, c’est ça, nous allons réfléchir », a enfin prononcé la jeune femme, empoignant son mari par le bras avant de quitter la pièce. Elle semblait en colère, j’avais l’impression qu’elle regrettait d’avoir choisi un mari aussi médiocre, même pas capable de se reproduire. Aucune empathie ne se lisait sur son visage, aucun regard de compassion à l’égard de son compagnon. J’ai eu envie d’attraper le jeune homme par le bras et de lui dire « laissez là, elle semble trop méchante » !

J’ai découvert ce jour là comment des femmes, dont la volonté d’être mère surpassait l’amour pour leur compagnon, pouvait les instrumentaliser. J’ai pensé « le vrai sexe faible, ce sont les hommes ». J’ai compris, en partie, ce qui pouvait effrayer la gente masculine et les rendre, en réponse, agressifs à notre égard. Ca n’excuse évidemment rien des difficultés pour ne pas dire des horreurs que subissent souvent les femmes. Mais j’ai pensé qu’il y avait encore beaucoup de place (et beaucoup de travail !) pour un dialogue plus serein, plus patient.

Je n’ai finalement pas filmé dans ce service d’andrologie. Je n’ai pas trouvé comment faire pour ne blesser personne, pour ne mettre personne en situation de coupable ou de victime. Je n’allais pas flouter ces messieurs et leurs dames et je ne voyais pas comment ils allaient tranquillement accepter de témoigner à visage découvert. Et même si certains auraient accepté sans trop réflechir (il y a des exhibitionnistes de la télé, nous le constatons chaque jour), je veux être sûre que ça serve à quelque chose. Je laisse encore mûrir, je trouverai peut-être un jour la solution.

4 Réponses à “Le vrai sexe faible”


  • Laurence,
    bravo pour tes réflexions, j’adhère à 1000% !
    creuse le sujet je suis sûre que ça ferait un doc super intéressant….
    Bises

  • Difficile à comprendre cette histoire de castration physique. J’ai aussi entendu le témoignage d’un prêtre cette fois, qui lui, après avoir récidivé plusieurs fois a demandé un traitement qui lui permet
    de ne plus rien ressentir et d’être maintenant en « paix » avec ses pulsions. Il s’agit alors de « castration chimique ». C’est plus contraignant, mais au moins la participation du « patient » permet
    une approche bien plus intéressante. Pour le reste, je ne vois pas pourquoi les femmes ne seraient pas aussi violentes que les hommes
    qui eux aussi se permettent d’ »objectiver » la femme de mille et une manières non? Je n’ai jamais cru, non plus, à cette image de la femme « douce » et
    apaisante, porteuse de valeurs spécifiques plus humanistes, à l’opposé des valeurs masculines plus agressives et dominatrices comme on l’entend souvent – de la part des femmes elles-mêmes, souvent de la part de « féministes d’ailleurs. Bises

  • Je suis d’accord avec toi Laurence; la femme « castratrice » existe.

    J’avais lu un livre d’Elizabeth Badinter sur ce sujet. En gros, elle disait qu’il fallait laisser de nouveaux espaces d’épanouissements aux hommes, notamment liés à la paternité, pour qu’ils re définissent leur place dans notre société, en dehors de la virilité traditionnelle (c’est un résumé un peu simple).

    C’est ce que pense mon mari aussi. Il y a très peu de place pour eux dans les crêches, et dans tout ce qui touche aux petits enfants. Peut – être pourrions nous arriver à des relations plus équitables et équilibrées s’il n’y avait pas de domaines strictement réservés aux femmes ?

  • Bonjour,
    Oui je vous conseille vivement ce livre de Sylvia Plath.
    très cordialement
    Martin Page

Laisser un Commentaire




réflexion en partage |
REFLEXIONS |
MDB COURBEVOIE LA ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | conscienceveil
| Recherche d'emploi
| chacun notre histoire