Pleyel déchaîné : Gracias, señor Dudamel !

Magnifique ! Géniale ! Sublime ! Je ne trouve aucun mot pour qualifier l’incroyable soirée vécue hier soir à Pleyel grâce à Gustavo Dudamel et à l’orchestre Simon Bolivar des jeunes du Venezuela. Je pense que Waoooooooo ! et Oh my God ! sont encore ce qui résument le mieux l’époustouflante énergie musicale insufflée par Dudamel et son orchestre. Et surtout, VIVANT ! Loin des concerts appliqués pour salles compassées, nous avons tous exulté au son d’une musique vivante et incarnée.

Photo Dudamel

 

Gustavo Dudamel est un jeune chef de 28 ans qui a appris le violon avant de se former à la direction d’orchestre. Un musicien prodige, certes, mais pas seulement. Dudamel est bien plus qu’un gamin surdoué. Il est un tisseur de cohésion humaine. Hier soir, et probablement comme pour tous les concerts qu’il dirige mais peut-être encore davantage avec l’orchestre de jeunes  du Venezuela qu’il connaît depuis longtemps, il a confectionné une solide toile d’énergie et de plaisir entre les musiciens et le public.

Pour donner une idée de l’ambiance, une petite vidéo amateur tournée la veille, lors de la rencontre des musiciens de l’orchestre des jeunes du Venezuela et ceux du Philharmonique de Radio France. Merci à Nadine Pierre, violoncelle solo du Philharmonique de RF, qui me l’a signalée.

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Outre l’incroyable talent de Dudamel, c’est aussi « El Sistema » qui rend possible une telle réussite. « El Sistema » c’est la politique d’éducation musicale la plus audacieuse et la plus efficace jamais inventée dans le monde. Elle a été initiée et développée par José Antonio Abreu, économiste et musicien, qui ne supportait pas de voir les gamins des rues se perdre dans la violence. « Lenner Acosta, aujourd’hui clarinettiste dans l’orchestre de jeunes de Caracas, et tuteur au conservatoire Simon Bolivar, avait fait l’objet de neuf arrestations pour attaque à main armée et trafic de drogue avant que le sistema lui offre une clarinette », peut-on lire dans le programme du concert d’hier. Il raconte : « Au début, j’ai cru qu’ils plaisantaient. Je pensais que personne n’oserait jamais confier un instrument comme ça à un gamin comme moi. Mais en fait, ce n’est pas un prêt, ils me la donnaient. Et c’était bien mieux pour moi de tenir une clarinette qu’un revolver ».

Vu le talent et l’enthousiasme des musiciens, l’exigence de leur apprentissage, l’ampleur du phénomène (quelque 300.000 jeunes musiciens formés), il serait injuste de parler de « bonnes oeuvres » ou de charité déculpabilisante. C’est bien au-delà, à tel point que le modèle a fait des petits dans plusieurs pays d’Amérique latine. Et hier, Frédéric Mitterrand, venu décoré Abreu et Dudamel, ému et bafouillant, a dit combien il souhaitait s’en inspirer. J’ai failli crier « Chiche » dans la salle, mais je suis bien élevée et je ne l’ai pas fait. Je regrette un peu a posteriori.

Après le concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovsky (Renaud Capuçon au violon) et la symphonie alpestre de Richard Strauss, la soirée s’est terminée sur le mambo de West Side Story et la marche de Radeztky. Pour le premier morceau, les violoncellistes faisaient tournoyer leurs instruments, les percussionnistes jetaient leurs baguettes dans les airs, tous dansaient pratiquement sur scène. Pour le deuxième, Dudamel a dirigé musiciens ET public. Il est classique de rythmer la marche en frappant dans les mains. Mais hier, nous étions littéralement dirigés : il fallait respecter les diminuendo, les silences, les crescendo, les fortissimo. C’était incroyable de précision, de justesse. J’ai vu que Barenboïm faisait la même chose mais la générosité de Dudamel surpasse, me semble-t-il, les facéties du maître.

Je veux croire que cette merveille est reproductible, que même si elle doit beaucoup au talent du grand et modeste Dudamel (j’ai eu la chance de le retrouver après le concert, il s’était empressé de retirer sa décoration de chevalier des arts et des lettres), un tel miracle peut devenir une réalité partagée par tous.

PS : et merci à Adriana et à la famille de Carlos Cruz-Diez de m’avoir permis de vivre un tel moment ;-)

2 Réponses à “Pleyel déchaîné : Gracias, señor Dudamel !”


  • Je découvre le papier du Monde (édition datée du 27/10/2009) sur Dudamel et le concert de samedi 24/10. Je ne suis pas surprise de ce que je lis, je dois même dire que je m’y attendais. Bouder le plaisir des spectateurs, c’est si typique de la critique française.
    L’article s’intitule « Gustavo Dudamel, aussi exceptionnel que son succès semble l’indiquer ? ». La majeure partie de l’article est factuelle et rappelle le parcours de Dudamel ainsi que l’histoire de « El sistema ». Seules quelques lignes, en fin de papier, répondent à la question du titre. Si Renaud Machart, l’auteur de l’article, ne jette pas l’opprobre sur le chef vénézuélien, il minimise son talent, estimant que la précocité, la générosité et le partage ne suffisent à jauger l’art d’un chef. Certes. Evidemment !! Mais pourquoi faut-il toujours, en France, chercher à tout prix le bémol au lieu de voir le dièse, je veux dire l’apport positif de quelqu’un dans son domaine. La générosité avec laquelle Dudamel et les jeunes musiciens vénézuéliens délivrent leur art, remettant ainsi en cause un certain élitisme, ne suffit peut-être pas pour servir complètement la musique mais l’interprétation la plus exigeante qui ne se préoccuperait pas du public n’est pas non plus satisfaisante. Dudamel n’est pas le plus grand chef de tous les temps ? La belle affaire, il n’a que 28 ans, il a sûrement des progrès à faire et je suis certaine qu’il est prêt à l’admettre lui-même. Mais, monsieur Machart, avez-vous été sensible à la joie du public, avez-vous remarqué le nombre de jeunes spectateurs lors du concert de samedi ? Croyez-vous qu’il ne s’agissait que de Vénézuéliens venus par ferveur nationaliste ! J’ai vu un public enthousiaste, des jeunes emballés, qui, il y a fort à parier, grâce à ce concert, remettrons plus facilement les pieds à Pleyel. Pour découvrir un art plus subtil ? Tant mieux, si c’est le cas. Je vous avoue, monsieur Machart, je ne suis pas une assidue des concerts classiques. J’y vais deux ou trois fois par an. J’aimerais y aller bien davantage mais je partage mon budget entre le théâtre, le cinéma, les concerts de jazz, les musées. Un autre aveu : je ne connaissais pas la symphonie alpestre de Strauss. Et, sans être aussi cultivée que vous l’êtes, j’ai bien senti qu’il y avait des accents de la musique de « Star Wars » dans cette symphonie. Le résultat de son interprétation peu nuancée, dites-vous ? Probablement, je veux bien vous croire. Mais aujourd’hui, voyez-vous, j’ai envie d’entendre une autre interprétation de cette symphonie. Et ce que je retiens surtout, c’est l’inquiétante étrangeté des premier et dernier mouvements qui m’ont transportée dans la nuit alpestre. J’ai fait un pas de plus vers Strauss. Et, j’en suis persuadée, je ne suis pas la seule. Si le concert de Dudamel n’a servi qu’à ça, c’est déjà magnifique, ne croyez-vous pas ?

  • Magnifique, je suis d’accord, je viens de réussir à me connecter depuis la Bretagne et ce blog enchante mes oreilles musicales…. merci

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