Quand jardiner devient un acte de résistance

Premier jour du mois de novembre, jour de la Toussaint, veille de la « fête » des morts. Une journée pluvieuse et grisâtre, conforme à sa réputation. La météo me rappelle l’histoire d’une vieille dame dont j’ai récemment entendu parler. Une parisienne de 79 ans, qui occupait ses journées, jusqu’à récemment, en fleurissant le cimetière de Montmartre. Plus précisément, la 17ème division du cimetière, où sa mère est enterrée. De sa propre initiative, pour « rester en vie » et ce depuis… 28 ans ! Il paraît que cette partie du cimetière était très fleurie, « luxuriante » ai-je même lu quelque part. Malheureusement, c’est fini. La mairie de Paris a jugé inopportun et dangereux le jardinage de Marie et a tout rasé. « C’est Hiroshima ! », a commenté Marie à la radio. Mais, elle a aussitôt annoncé qu’elle ne se laisserait pas faire et s’apprête à reprendre ses outils pour replanter et réparer le désastre.

Au nom de quoi la mairie s’oppose-t-elle au passe-temps de Marie ? Au nom de la gêne ainsi causée pour l’entretien des allées mais surtout au nom de la sécurité publique. Les gens risquent de tomber à cause des pots de fleurs disposés par Marie, trop nombreux. On a le droit de fleurir les tombes, mais pas les allées entre les tombes. Et si quelqu’un tombe et se fait mal, c’est la mairie qui en est responsable. Ah mais, il n’est pas question que Marie n’en fasse qu’à sa tête !!! Sécurité, que de crimes ne commet-on en ton nom ! Que d’initiatives ne tue-t-on pour tes beaux yeux et que de vitalité ne supprime-t-on à la vie ! Marie a pu jardiner tranquillement pendant 25 ans sans que personne ne trouve rien à y redire. Je suppose qu’un(e) nouveau(elle) venu(e) à la mairie, souhaitant marquer de son empreinte son passage dans l’administration, n’a rien trouvé de mieux à se mettre sous la dent. Voilà trois ans que Marie est tracassée et que les rencontres avec les responsables des espaces verts ne permettent aucun compromis. Marie est peut-être têtue, mais elle est en vie. Et ne fait de mal à personne. Car, bien entendu, personne ne s’est blessé en 28 ans !

Ca me rappelle un colloque intitulé « Risquer la Vie », organisé par des responsables de maisons de retraite. Il s’agissait de montrer les limites du tout sécuritaire. L’hyper protection des personnes âgées dans les maisons de retraite est en réalité une façon pour l’institution de se protéger elle-même. Mais le risque principal, l’ennui, n’est pas évité. Et trop souvent, les personnes âgées en souffrent. L’absence de risque, c’est la mort, soulignaient les organisateurs du colloque.

Franchement,  le risque est-il si grand qu’on ne puisse laisser Marie jardiner ? « Si tout le monde fait ça ! », peut-on me rétorquer. Oui, mais pour le moment, tout le monde ne fait pas ça. Et si d’autres vieux désoeuvrés rejoignent Marie (rappelons que ça ne s’est pas produit en 28 ans) et jardinent avec elle, serait-ce un si mauvais signe ? Si les cimetières deviennent des lieux de vie, est-ce si grave ? Comme le pensait Nietzche, « ce qui importe, c’est l’éternelle vivacité, pas la vie éternelle ».

Une pétition a été ouverte pour soutenir Marie sur http://4616.lapetition.be

2 Réponses à “Quand jardiner devient un acte de résistance”


  • Merci laurence, quelle belle et triste histoire, et encore une fois je suis mille fois d’accord avec toi, l’obsession sécuritaire, la volonté de tout contrôler étouffe la vie. Comme si on voulait refuser de comprendre que de toute façon la mort sera toujours la plus forte. Quelle bétise.

  • Très beau texte Laurence, sur une bien triste histoire…soutenons Marie!
    Nicole

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