Les petits plaisirs du théâtre amateur

Hier, soirée réconfortante au Théo théâtre. Par les temps qui courent, j’ai besoin de jouer. Jouer comme les enfants : on dirait qu’on serait des couturières dans un atelier parisien, et ça se passerait après la guerre et on aurait envie de vivre et de rire mais en même temps la guerre est encore un peu là. Jouer aussi avec des nouveaux petits camarades, en l’occurrence, des apprentis clowns. A priori, moi, les clowns, c’est pas mon truc. « Alors, les petizenfants, on a été sage ? Vouiiiiiiiii ? » : ces adultes faussement joyeux qui prennent les enfants pour des imbéciles, c’est le souvenir de petite fille incrusté dans ma mémoire et dont j’ai du mal à me débarrasser. J’en ai développé une allergie aux injonctions à rire. Pourtant, hier soir, j’ai fait une découverte : le clown n’est pas fatalement caricatural.

Stéphane Alberici et Nathalie Bernard avaient décidé de réunir leur deux ateliers le temps d’une soirée. L’atelier texte (Stéphane) et l’atelier clown (Nathalie). Un peu morose en ce moment, notamment à cause des projets de films qui mettent du temps à se concrétiser, j’y suis allée d’humeur chafouine, comme on va à un « arbre de Noël », une formalité obligée… malgré l’envie de jouer. Mais dès que je suis arrivée au Théo, l’ambiance, les préparatifs des deux scènes de l’Atelier, de Jean-Claude Grumberg, m’ont remise d’aplomb. Après une italienne et une allemande, qui ont surtout montré la fragilité de nos mémoires et de nos jeux, les clowns ont débarqué. Un peu gênés de commencer les premiers. Mais aussi jouant de leur gêne. Il s’agissait pour eux de réaliser à deux ou trois, une impro, sur un thème tiré d’un chapeau : « Un conférencier et son traducteur », « Un triste et un joyeux se rencontrent… avec ou sans parole », « Deux clowns cachés par un paravent exécutent les mêmes gestes », « Interprétation de musiques de films »… enfin, je cite les intitulés de mémoire, c’est à peu près ça. Nous avons aussi eu droit à un défilé de spécialistes: spécialiste du chien battu (extraordinaire changement d’expression en l’espace d’une demi-seconde), spécialiste de la beauté (malgré l’antinomie apparente clown-beauté), spécialiste du narcissisme…

Ce que j’ai trouvé merveilleux, c’est l’écoute entre ces clowns. Il y avait le clown autoritaire, le clown conciliant, le clown triste, le clown timide… ils changeaient d’état en fonction de ce qui était proposé, et l’écoute entre eux était délicieuse. J’adore ça, voir l’écoute mutuelle à l’oeuvre, je trouve ça presque magique… c’est si rare. Je me suis prise à rêver d’une humanité de clowns semblable à celle que je voyais… avec la même écoute. Et puis ces clowns sont très forts parce qu’ils ne quittent pas leur jeu de clown, même le temps d’un léger cafouillage pour se mettre d’accord sur « qui fait quoi » ou « qui joue »… ou encore lorsqu’ils quittent la scène. Ca n’a l’air de rien, jouer jusqu’au bout, c’est une évidence pour des professionnels, mais lorsqu’on est amateur, on a tendance à quitter « sa peau » un peu avant de sortir de scène. Après ça, nous avons joué nos deux scènes de l’Atelier. Une chanson d’époque, une lumière douce, des copines… on s’y serait crû. Le stress de jouer devant un public (indulgent, certes !) nous a rendu un peu meilleurs, moins hésitant, ne butant pas sur les trous de mémoire. La vertu de l’exercice est notamment de réaliser le rôle du public et de se rendre compte « pour de vrai » que le public joue aussi un rôle non négligeable dans un spectacle, un partenaire à part entière. « Jouer est un jeu », dit Peter Brook. Et ça fait du bien de jouer.

 

1 Réponse à “Les petits plaisirs du théâtre amateur”


  • Stéphane et Nathalie organisent un stage « Découverte de la commedia dell’arte et fabrication de son masque » en février. Les masques de Stéphane sont magnifiques ! Davantage d’infos sur le site de leur compagnie http://cie.kaleido1.free.fr/

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