Des minutes de soleil en plus

Je rêve d’avoir un brouilleur de portable dans les lieux publics, notamment dans les transports en commun, les cafés. Un outil télépathique grâce auquel je pourrais m’inviter dans les conversations. 

C’est vrai, ce serait plus drôle de mettre son grain de sel dans les « regarde sous le canapé, c’est pas là, t’as cherché dans la cuisine, c’est peut-être ton père qui l’a pris, je lui ai pourtant dit que tu en avais besoin mais il n’écoute jamais, et puis tu m’agaces à la fin, cherche encore tu vas finir par trouver, je ne peux pas t’aider, je suis dans le métro, ça va couper, tu m’entends, dans le métro, oui c’est ça le métro, non, j’ai pas pris la voiture, j’ai pris le métro… » (dixit une dame dans le métro… si si, le métro) ou les « ah oui, alors on m’a dit que je devais me faire opérer parce que sinon ça va repousser, ben oui, oh c’est rien de grave tu sais, alors ça y est j’ai fait tous mes achats de Noël et toi, tu as trouvé ce que tu cherchais, parce que j’en ai vu l’autre jour boulevard St Michel, mais si tu sais la petite boutique que j’aime tant, non elle n’a pas fermé c’est l’autre…  » (dixit une dame dans le bus) ou les « mais oui, mon coeur, je n’ai pas voulu te réveiller mon bébé, j’avais des papiers administratifs à remplir, je suis allé les faire au café, tu es une grande fille tout de même, à quelle heure pars-tu au travail, tu veux qu’on aille en Suisse pour le réveillon… mon coeur, il fait froid en Suisse, c’est plus raisonnable d’aller voir mes copains à Barcelone… mon coeur, pourquoi tu fais tout une histoire, je te dis que j’avais des papiers à remplir, c’est ce que je suis en train de faire, c’est assez pénible comme ça… » (dixit un trentenaire, un journal devant lui en guise de papiers administratifs). Je m’immiscerais dans les dialogues : « en fait, ton père l’a laissé chez son copain, le soir où il est allé regarder le foot à la télé alors qu’il avait promis à ta mère de l’accompagner au théâtre » ou « oui, ça repousse mais c’est joli en même temps et ça évite de faire des achats de Noël, y’a qu’à se servir » ou « ni la Suisse ni Barcelone, ce qu’il faut c’est le désert et dis plutôt que tu avais envie de quelques minutes de solitude, tout le monde y a droit tu sais, alors y’a quoi dans Libé aujourd’hui ? ». On m’appellerait Zizania !!! Sans rire, toutes ces conversations auxquelles nous sommes conviés malgré nous… bon, c’est vrai, je râle et j’en fais un papier, au fond,  ça doit m’amuser mais souvent je trouve ça envahissant, ce n’est pas ça que j’ai envie de partager avec les autres. Si au moins, je ne les captais pas, si je pouvais m’emmurer dans un sas d’indifférence… mais je suis une vraie éponge, je dois avoir des oreilles bioniques, j’entends tout.

Idem au cinéma : je capte tous les bavardages, même quand les gens chuchotent… je n’arrive pas à comprendre ceux qui bavardent pendant les films. Pourquoi viennent-ils au cinéma pour parler ? Pourquoi ont-ils besoin de commenter la moindre action, le moindre propos ? L’intérêt de la salle du cinéma, pour moi, c’est la taille de son écran qui permet de se plonger dans le film, d’en faire presque partie. C’est également partager à plusieurs, avec des inconnus, une oeuvre. Ressentir les émotions des autres… mais pas entendre leurs propos se surajouter à celui du film. Pire encore, le froissement de papier bonbon ou des sacs en plastique qui brouillent l’atmosphère. J’aime me plonger pleinement dans le climat créé par le réalisateur, fut-il noir comme celui de La Route, que je suis allée voir hier soir. Désespérant, ce film, je dois dire… enfin, ce n’est pas tout à fait juste, la figure de l’enfant porte un soupçon d’espoir mais bon, c’est vraiment hard tout de même. Je n’ai pas lu le livre de Cormac McCarthy, j’avais trop peur de me laisser envahir par la  noirceur de l’histoire… bizarre, j’arrive mieux à mettre les films à distance que les livres, sais pas pourquoi. Donc, mes voisins de derrière papotaient dès que le tension montait, par exemple quand le père (Vigo Mortensen) et le fils (Kodi Smit-McPhee) découvrent une cave habitée par quelques humains que d’autres découpent au fur et à mesure de leur faim… je suppose qu’ils mettaient l’horreur à distance.

Enfin, l’essentiel, c’est que les jours rallongent. J’aime cette idée. L’idée me suffit.  Et cette expression aussi, « quelques minutes de soleil en plus ».

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