Tetro, le puissance hypnotique de la lumière

2010 commence bien. Avec un chef d’oeuvre, le film Tetro, de Francis Ford Coppola, que je suis allée voir il y a quelques jours. Un premier bonheur cinématographique, pour démarrer une nouvelle année, c’est précieux.

 

Image de prévisualisation YouTube

Il y a un instant que j’aime tout particulièrement au cinéma : l’extinction des lumières de la salle. La promesse d’un temps suspendu, d’un transport au-delà des murs, promesse pas toujours tenue. Avec Tetro, dès le générique, le voyage commence sous hypnose. Sidération des lumières, notamment celle d’une ampoule contre laquelle vient buter sans cesse un papillon. Deux frères se retrouvent après des années de séparation. Tetro, l’aîné, se montre réticent, Bennie, le benjamin, veut comprendre à tout prix pourquoi son aîné, écrivain qui n’a pas réussi à achever son oeuvre, s’est enfui loin de chez lui et des siens. Il veut démêler l’histoire familiale, défaire les noeuds, révéler son frère à lui-même. Le scénario, shakespearien, est servi par un cadre et une lumière graphiques et sensibles à la fois. Aucune froideur ici, beaucoup d’élégance. Coppola inverse le code cinématographique : le noir et blanc évoque le présent, la couleur le passé. Le film donne une furieuse envie d’aller à Buenos Aires, de déambuler dans les quartiers de la capitale argentine. Les comédiens sont magnifiques, le charme de Vincent Gallo (Tetro) puissant, la fraîcheur d’ Alden Ehrenreich (Bennie) bouleversante, le feu de Maribel Verdú (Miranda, l’amie de Tetro) poignant. Il y a chez chacun d’eux une matière brute, une vitalité prête à exploser, le génie qui n’a pas pu se réaliser, comme le dit le personnage de Miranda à propos de son compagnon. Klaus Maria Brandauer, le père, incarne l’implacable et coupable volonté, celle qui lamine tout sur son passage, Carmen Maura, critique de théâtre et présidente d’un festival, est la grandeur solitaire. Elle s’appelle Alone.

Coppola parle-t-il de lui-même ? Oui, comme un auteur part et parle toujours de lui-même. Tetro, écrivain sans oeuvre, travaille comme éclairagiste. Grâce à Bennie, il pourra révéler sa  lumière intérieure. « Le succès n’est rien », affirme Tetro à l’issue du récit. Venant de Coppola, la « morale » de l’histoire surprend… avant de donner à réfléchir. Le papillon qui se choque contre l’ampoule allumée, est-ce ce que retient le cinéaste de ses grandioses succès hollywoodiens ? L’ombre est-elle préférable à la lumière ? Le succès est furtif, impalpable, abstrait. Mais s’il autorise finalement une oeuvre indépendante, aussi personnelle que Tetro, s’il finit par permettre de devenir soi-même, alors il ne sert pas tout à fait à rien. A condition de ne pas se laisser aveugler par les feux de la rampe. Le message est limpide.

1 Réponse à “Tetro, le puissance hypnotique de la lumière”


  • Moi c’est le personnage de Bennie qui me touche beaucoup dans ce film car il ressent un malaise viscéral dû au mystère qui entoure ses origines. Et il n’a que ce frère pour l’aider à grandir. Il va s’acharner à en savoir plus. Malgré l’adversité fraternelle (apparente, et pour cause!), c’est l’occasion pour lui de s’affirmer et de devenir un homme, il perce les secrets de son frère en « décodant tout », et en prolongeant l’oeuvre inachevée.
    Le frère aîné sera forcé de « faire toute la lumière » et de dire la vérité.

    Et puis ce film est baroque, syncopé par des passages d’opéra qui en sont comme la matrice profonde, la matrice d’un drame familial qui peu à peu se révèle au spectateur.

    Et puis le plaisir des niveaux de gris, des noirs et blancs…

Laisser un Commentaire




réflexion en partage |
REFLEXIONS |
MDB COURBEVOIE LA ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | conscienceveil
| Recherche d'emploi
| chacun notre histoire