Mulieris dignitatem

Au courrier du jour :  « Chère Madame, comme toutes les femmes, vous avez mille projets en tête… refaire la décoration du salon, craquer pour une nouvelle voiture ou bien vous offrir une semaine de thalasso en hiver… ». Des rêves et des projets, je ne sais pas si j’en ai mille en tête (ça fait beaucoup, non ?) mais ce qui est sûr, c’est que ce ne sont pas ceux là. Ce « Comme toutes les femmes », je le trouve… exaspérant.

D’abord, on me prête des rêves qui ne sont pas les miens, ensuite on veut rassembler les femmes dans un même sac. Ca me rappelle les cours sur les ensembles, à l’école primaire. On nous faisait dessiner des « patates » avec des éléments que l’on pouvait réunir pour nous faire comprendre ce qu’est un ensemble. Des poires, des souris, des cuillères. En lisant ce courrier, j’imagine une « patate » de femmes. Cette façon de visualiser et donc de prendre au pied de la lettre ce que l’on me dit me met souvent en décalage avec les autres. Moi, ça m’amuse, et parfois ça permet une distance critique, mais ça peut être mal perçu. Un jour, par exemple, en classe de 1ère (oui, c’était hier !), la prof de math dit : « prenez un grand sac, mettez les élèves, les tables et les chaises de la classe et secouez »… je ne sais plus quel était le but de l’exercice, je n’ai pas pu écouter la suite, parce que j’ai immédiatement visualisé le sac de pommes de terres géant, en toile de jute, et j’ai vu tous les élèves agités et malmenés au milieu des tables et des chaises, ce qui a déclenché un fou rire irrépressible. Regard noir de la prof de math qui m’a demandé d’aller me calmer dehors. Cette enseignante employait systématiquement des images pour expliquer les math, ce qui donnait souvent lieu à des manip compliquées où plusieurs élèves devaient aller sur l’estrade qui pour tenir le plan euclidien-cahier d’appel, qui la droite AB-stylo, qui l’autre droite CD-stylo et moi, immanquablement, au lieu de visualiser un plan et des droites, je voyais des élèves qui avaient l’air bien embarrassés avec leurs ustensiles et je me demandais comment il fallait considérer les bras et les mains, s’il s’agissait aussi de droites ou d’un autre objet géométrique indéterminé. Autrement dit, je m’échappais. Ca doit expliquer pourquoi je suis passée d’une première scientifique à une terminale littéraire. Donc, pour revenir à cet ensemble de femmes qui veulent refaire la déco de leur salon, je le trouve… consternant ! Et « tous » les hommes,  ont-ils mille projets ? Oui, sûrement, mais pas la déco du salon ou la semaine de thalasso… eux ce serait plutôt… quoi ? Des cours de golf, l’achat d’un cabanon de pêche ? Tout aussi affligeant cet ensemble d’hommes, non ? Apparemment, les publicitaires s’accordent pour trouver aux hommes et aux femmes un projet commun: nous rêvons… de voiture. Doit-on envisager cela comme un pas supplémentaire vers davantage de considération pour les capacités de la femme ? Quelle résistance passive pourrait-on opposer à ce type de mailings ? Répondre massivement aux études de marché et autres sondages : « mon projet, c’est acheter une île déserte », « mon projet c’est distribuer des fraises tagada à tous les parlementaires »… en somme, répondre n’importe quoi ! Les questionnaires sont souvent fermés mais il doit y avoir un moyen d’affoler les statistiques, non ?

Pour revenir à la gente féminine, je me demande toujours pourquoi si peu de femmes jouent aux échecs dans le jardin du Luxembourg, à Paris. Il y a des tables de jeu en plein air où presque tous les jours, et ce même à cette saison, malgré les rigueurs de l’hiver, s’affrontent des joueurs concentrés. Je ne savoure pas assez le jeu pour m’arrêter à les observer mais depuis le temps que je passe devant, je n’ai vu qu’une seule femme. Je suppose que les femmes jouent moins aux échecs que les hommes. A priori, et si l’on en croit les neurobiologistes, nous avons le même cerveau, nous devrions être capables d’y jouer tout comme eux. Il est vraisemblable que les petits garçons apprennent davantage à y jouer que les petites filles. Humm… mais pourquoi ça ? Et s’il n’y a presque pas de joueuse d’échecs au Luxembourg, est-ce aussi parce que les femmes vivent moins dehors que les hommes ? Est-ce enfin, parce que même si des femmes se présentent pour jouer, les hommes rechignent à les admettre ? Une enquête s’impose !

Femme encore (oui, c’est mon 8 mars à moi !), cette fois, il s’agit d’Hypathie dont Amenabar nous raconte l’histoire dans son dernier film, Agora. J’avoue que si un ami ne m’avait pas proposé d’aller voir ce film, je serais passée à côté (donc, merci Damien). A cause de l’affiche, je pensais que c’était un peplum. Je n’avais pas pris le temps de lire quoi que ce soit et je n’avais même pas vu que le réalisateur était Alejandro Amenabar, auteur du très beau « Mar Adentro ».  D’ailleurs, je pense qu’il y a eu des malentendus sur ce film du fait de son esthétique hollywoodienne. Apparemment, de nombreux spectateurs qui s’attendaient à un peplum, ont trouvé le film trop bavard. Il raconte l’histoire d’Hypathie, philosophe, mathématicienne, l’une des premières femmes astronomes de l’histoire qui a vécu au IVème siècle après Jésus-Christ. « On vient de loin pour l’écouter, et on recherche son conseil avisé, ce qui la conduira à sa perte », raconte Yaël Nazé dans L’astronomie au féminin. L’évêque local, Cyrille, apparemment aussi ouvert aux femmes qu’un salafiste, ne le supporte pas et provoquera sa perte. Le film nous épargne sa véritable fin, du moins en image. A côté des sévices réellement subis par Hypathie, la lapidation semble une douce mise à mort. A travers les avancées de l’intégrisme chrétien de l’époque, Amenabar évoque, la progression des intégrismes religieux actuels et de l’obscurantisme. Personnellement, c’est le genre de film qui, avec Kill Bill et sa stoïque héroïne interprétée par Uma Thurman, m’encourage à ne pas cesser le combat féministe ! Je sens que ce billet ne va pas m’aider à trouver un compagnon ;-)

 

 

2 Réponses à “Mulieris dignitatem”


  • ou alors un compagnon qui a réfléchi aux rôles sexués et à leurs pièges ? perle rare mais il ne faut pas désespérer….
    ceci dit ce que tu écris sur la voiture ne me laisse pas insensible….seul objet commun de désir ? C’est très possible. Il semblerait que l’époque ait détourné massivement la libido individuelle au profit des objets de consommation, et la vitesse ( Virilio) est l’ivresse la mieux partagée….
    Mais les nouvelles générations n’investissent plus la voiture comme objet de fantasme, ils rechignent à passer le permis, et je te parie que d’ici 10 ans les pubs de bagnole ne seront plus majoritaires sur nos écrans. Entre temps ma théorie c’est que la voiture a plutôt servi à émanciper la femme, paradoxalement….
    Bise
    Brigitte

  • Oui, enfin, ma conclusion faisait surtout allusion à la phrase qui la précédait, c’est-à-dire à la prestation d’Uma Thurman en Black Mamba et à ses talents de découpeuse au katana ! De quoi effrayer bien du monde… mais je l’avoue, parfois, j’envie son sang-froid ! Quant aux partages des rôles, j’ai sûrement eu de la chance mais je n’ai jamais eu à me battre là-dessus… ou alors, je n’en suis pas consciente, mais je n’ai jamais eu l’impression de faire plus le ménage ou les courses que mes partenaires masculins. Ce que j’avais envie de souligner, mais peut-être n’ai-je pas été assez précise, c’est plutôt l’image, le moule dans lesquelles nous (hommes et femmes) enferment encore un peu trop souvent les publicitaires, comme les religions… et sûrement encore certains aspects de l’éducation.

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