Tics et masques des despotes

Vu, il y a quelque temps déjà, Vincere, le dernier film de Marco Bellochio : l’irrésistible ascension de Mussolini et l’inéluctable déchéance de la femme qui lui a permis de gravir les marches vers le pouvoir : Ida Dalser.

Amante de Mussolini, elle a tout sacrifié pour qu’il puisse fonder son journal « Il popolo d’Italia », fer de lance de la propagande fasciste. De leur relation, naît un enfant, prénommé Benito par sa mère. Mais Mussolini se marie avec sa compagne officielle et abandonne Ida Dalser. Comme elle insiste pour faire reconnaître leur enfant, Mussolini finit par la faire interner. D’un asile psychiatrique à l’autre, elle revendique sans relâche son statut d’épouse et de mère du fils aîné du futur dictateur. Elle décède en 1937 sans jamais avoir revu son fils. D’abord confié à la garde de ses oncles et tantes, il sera enlevé, grandira isolé des autres enfants dans une pension religieuse avant d’entrer à l’école de la Marine. Lui aussi demandera à être reconnu comme le fils de son père et lui aussi terminera ses jours interné, cinq ans après sa mère. L’histoire, c’est d’abord celle d’Ida Dalser et de son incroyable acharnement. Mais plus que le combat de cette femme, c’est l’ascension de Mussolini qui reste en ma mémoire.

Le film est lyrique, baroque, il mêle des images d’archives à la fiction. Plus on avance, plus les images du vrai Mussolini s’imposent. Notamment une assez longue séquence au cours de laquelle il fait un discours au peuple rassemblé au pied du balcon d’où il officie. Ses mimiques sont incroyables d’exagération : s’il s’agissait d’un comédien, on dirait qu’il en fait trop. Mais là, c’est le vrai Mussolini : sa bouche se tord dans tous les sens, il lève le menton sur un air de défi, ses yeux sont prêts à sortir de leurs orbites. Mussolini semble tour à tour autoritaire, arrogant, en rage… fou ! Le personnage de Benzino Napoloni dans le film « le Dictateur » de Chaplin, s’il s’en inspire de façon évidente, semble en deçà de la réalité. Ces tics sont le signe patent de la mégalomanie. Les contemporains de Mussolini l’avaient-ils remarqué ? La théâtralité surjouée était-elle plus courante, plus acceptée autrefois ? On peut évidemment dire la même chose d’Hitler. Est-ce parce que ces hommes s’adressaient à des foules immenses qu’ils pouvaient, qu’ils jugeaient légitimes une telle outrance gestuelle ? Le public était-il trop loin pour percevoir tous ces signes ? Si des caméras de télévision les avaient filmés tous les jours, en gros plans, et que les images aient été retransmises quotidiennement, se seraient-ils comportés autrement ? Cela aurait-il permis une prise de conscience plus rapide de la démesure de ces individus?

Plus largement, au-delà des despotes, je me demande comment le jeu (au sens théâtral) des politiques évolue en fonction des époques. Et ce que signifie l’apparence plus policée adoptée par la plupart d’entre eux aujourd’hui. Malgré les masques, les personnalités affleurent. Les tics de Sarkozy (notamment ses épaules qui s’agitent mais tous ses gestes qui accompagnent ses paroles, cette façon permanente de toucher ses partenaires, ses mimiques, ses moues) n’échappent à personne. Il se contrôle mais quand il est fatigué, le naturel revient au galop. Quel est le sens de ses tics ? Un simple bouillonnement intérieur qui ne concerne que lui ? Le contrôle qu’il exerce sur son apparence extérieure contraint-il aussi des envies de grandeur ? Ou n’est-ce-qu’un masque ?

 

 

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