Les Arrivants : après le voyage, la galère continue

Elle est originaire d’Erythrée, elle a à peine 20 ans, elle est enceinte, huitième mois de grossesse, elle vient de dormir sur les bancs d’un hôpital, elle cherche un toit pour dormir, elle est épuisée. Zahra, belle et rebelle, est l’une des demandeurs d’asile suivis pendant plusieurs semaines par Claudine Bories et Patrice Chagnard dans leur indispensable et remarquable film, Les Arrivants. Ils ont filmé la vie, les échanges, les mots, les pleurs et parfois les rires à la CAFDA, le centre d’accueil des familles demandeuses d’asile de Paris.

Zahra, mais aussi les Wong, venus de Mongolie, les Mulugheta, d’Ethiopie, les Kaneshamoorty, du Sri Lanka. Chacun fuyant les persécutions dont ils sont victimes dans leur pays. Et puis il y a Colette et Caroline, deux assistantes sociales qui s’occupent de leur dossier. Colette et Caroline, en apparence, c’est le jour et la nuit. Colette, femme d’expérience, semble se protéger du malheur qui surgit chaque jour dans son bureau avec ses kilos en trop, gratte ses fonds de tiroir pour un ticket repas, une carte orange 6 zones, parce que l’une de ses familles installée à Viry-Châtillon, au sud de Paris, a droit à des repas gratuits dans le nord de la ville ! Colette, méthodique, garde son calme même lorsque ses interlocuteurs s’énervent comme c’est le cas de M. Mulugheta, jeune Ethiopien qui s’arrache souvent les cheveux devant les contraintes parfois kafkaiennes qu’on lui impose. Malgré tout, conscient de l’empathie de Colette, il dira à son traducteur « Elle est comme ma maman ».

Caroline, de prime abord, est plus sèche, très à cheval sur le règlement, ne supportant pas le moindre retard, n’hésitant pas, énervée, à souligner que les demandeurs d’asile ne sont pas en France pour faire du tourisme, ce que le traducteur s’interdira de transmettre. On se prête à penser qu’à la place des demandeurs d’asile, on préfèrerait que Colette s’occupe de notre dossier et on se demande si la personnalité de l’assistante sociale influence son issue. Pourtant, au fur et à mesure du film, ce que l’on ressent pour Caroline évolue. On comprend son désarroi, on est sensible au fait que devant l’énormité de la tâche et la faiblesse des moyens, la rigidité des procédures, Caroline est déchirée de ne pas pouvoir mieux répondre aux familles. Son agressivité traduit son angoisse devant son impuissance, ce que souligne la responsable des assistantes sociales, dont l’écoute et les mots viennent habilement en aide à Caroline.

Et c’est en cela que le film est remarquable : loin de tout manichéisme, il nous permet de pénétrer au coeur d’un monde dont nous entendons parler abstraitement chaque jour, nous montrant ainsi la complexité des situations mais aussi l’impérieuse nécessité de se confronter au problème, et de chercher de nouvelles réponses à ces situations humaines inextricables. Impossible de ne pas se demander ce que nous ferions à la place des demandeurs d’asile et des assistantes sociales. Comment, après avoir bravé les grands chemins, les passeurs, les dangers de toutes sortes, après avoir parcouru des milliers de kilomètres pour des destinations inconnues, comment supporter les méandres du carcan administratif, la lourdeur de l’inaction, la lutte pour une survie de misère ? Et comment répondre à ces innombrables demandes, à ces vies fracassées, comment être le plus juste possible ? La tâche des assistantes sociales s’apparente aux travaux de Sisyphe, elle demande des qualités humaines exceptionnelles.

Le film séjourne encore dans mon esprit, posant mille questions. Je me demande si nous trouverons un jour les réponses autrement que dans le drame et la catastrophe.

 

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1 Réponse à “Les Arrivants : après le voyage, la galère continue”


  • À la fin des années 1970-début 80, j’ai bossé à France Terre d’Asile. Comme je parlais plusieurs langues, j’aidais à remplir des dossiers de demande d’asile. À l’époque, on avait beaucoup de Chiliens, Argentins, Brésiliens, quelques Tchèques, Hongrois, et bien sûr des Africains et des Asiatiques. D’ Amérique latine et des pays de l’Est arrivaient les intellectuels, d’Afrique de pauvres diables dont on brûlait les cases dans la savane. Le simple fait d’arriver au siège de FTDA était un exploit. Et déjà c’était un casse tête pour prouver que retourner dans leur pays d’origine était dangereux pour leur vie…

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