Neuromarketing, des citoyens sous influence ?

Le film est diffusé mercredi 26 mai sur Canal +. Tout a commencé au printemps 2005. Je tournais alors Alzheimer, jusqu’au bout la vie, entre France et Québec. Le producteur du documentaire, Gabriel Turkieh (Altomedia), me demanda si j’avais d’autres envies, d’autres désirs de films… pour la suite. A l’époque, Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, venait de proclamer « ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible » et j’étais tombée sur cet article d’ Alternatives Economiques consacré au neuromarketing. Un peu sidérée que tant de science et de technique soit mises au service de la vente. C’est dire si j’étais naïve !

J’en parlais à G. Turkieh qui approuva immédiatement, très intéressé par le sujet qu’il qualifiait de « psycho-pliage ». Entre le moment où l’idée naquit et celui où un diffuseur, en l’occurrence Canal, donna son accord pour produire le film, il s’écoula… trois ans. Les progrès dans le domaine des neurosciences, l’engouement d’industriels-annonceurs pour ce nouveau domaine du marketing, la multiplication des sociétés de neuromarketing, les échanges entre Altomedia et Canal et… le soleil de la Rochelle, pendant le Sunny Side of the Docs, permirent l’obtention du sésame. Sa réalisation s’étendit de septembre 2008 à septembre 2009 et le voici enfin diffusé… ou plutôt enfin diffusé en France car les Belges (la RTBF) l’ont déjà programmé en février dernier.

C’est toujours un moment bizarre, finalement, la diffusion d’un film à la télévision. Si éphémère et si solitaire (je veux dire du point de vue du réalisateur qui imagine difficilement les quelques téléspectateurs insomniaques qui restent devant leur écran à une heure si tardive) alors que la réalisation prend du temps et se fait en équipe (mention spéciale pour Delphine Vailly qui a collaboré à l’enquête et à l’écriture du projet, Cédric Delport, monteur très créatif et plein de ressources, Joyce Colson et Joris Clerté qui ont mis en image les séquences d’animation). La diffusion c’est le signe qu’une page est tournée, qu’on est passé à autre chose, que l’eau a coulé sous les ponts depuis le premier échange qui a permis ce long chemin.

Pourtant, même si je n’ai pas envie de refaire le chemin en arrière, je réfléchis à ce qui a motivé ce film et à mes réflexions avant de le tourner. J’y pense d’autant plus que j’enregistre une interview sur Inter demain matin. Je me souviens d’avoir appris, en me penchant sur l’histoire du marketing, que c’est la crise de 1929 qui a permis son envol et l’a rendu offensif. Recruter des clients, éliminer le concurrent étaient devenus indispensables à la bonne marche des affaires. Le consommateur s’est alors transformé en cible. L’obsession de savoir ce qu’il désire a poussé les industriels à se rapprocher de la psychologie comportementale. Avec les études de marché, le marketing a prétendu à la rationnalité, à la scientificité. Le journaliste américain Vance Packard s’était inquiété de ce développement dans son livre The hidden persuaders. « Ces manipulateurs du subconscient sont en train d’acquérir secrètement un pouvoir de dissuasion qui mérite d’exciter l’intérêt du public », écrivait-il en 1957.

Alors, qu’en est-il aujourd’ui ? Le neuromarketing continue de creuser un même sillon et, en ayant recours aux outils des neurosciences comme l’électro-encéphalogramme et l’IRM fonctionnel pour tenter de décrypter ce qui nous plaît et ce qui nous déplaît, on peut en effet se demander si la manipulation ne risque pas de prendre de l’ampleur. « On n’a pas attendu l’imagerie cérébrale pour manipuler les gens et leur faire acheter ce qu’ils ne voulaient pas ou ce qu’il ne connaissaient pas », souligne dans le film Olivier Oullier, chercheur en neurosciences. Certes. Pour ce que j’en ai perçu, le neuromarketing m’a davantage paru un argument de vente du marketing qu’une menace immédiate pour nos cerveaux et leurs pensées. Mais, mais… tout cela « mérite d’exciter l’intérêt du public », comme l’écrit Vance Packard. Les scientifiques qui témoignent dans le film le disent eux-mêmes : leur responsabilité est de témoigner des avancées des neurosciences pour que le public reste vigilant face à des emplois douteux. Alors gardons les yeux grands ouverts et l’esprit critique en éveil.

Les première minutes du film

25 Réponses à “Neuromarketing, des citoyens sous influence ?”


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  • Bonjour,

    merci pour votre travail. J’ai malheureusement raté la diffusion de ce documentaire sur Canal+ (j’ai vu le zapping !) et j’aimerais savoir s’il est possible de le revisionner en ligne.

    Merci d’avance,

    Yann Renard
    Ingénieur INRIA

  • sait-tu si l’on peut trouver un lien pour visionner ce film car je l’ai manqué..merci

  • Bonjour,

    Merci pour votre intérêt. Si vous êtes abonnés aux différentes chaînes du groupe Canal, le film est rediffusé :
    - Samedi 29/5 à 5h50 (!) sur Canal Horizons
    - Dimanche 30/5 à 4h55 (!) sur Canal +
    - Dimanche 30/5 à 4h55 (!) sur Canal + High Tech

    Il y aura d’autres diffusions sur les chaînes Planète mais je ne connais pas les dates.

    Vous pouvez aussi poser la question au producteur : contact@altomedia.com
    ou à Canal http://espaceclient.canalplus.canal-plus.com/pid3203.htm

  • Bonjour,

    je viens de tomber ce site après avoir vu le zapping. Vous êtes incroyable.

    J’aimerais voir TOUS vos films.

    Comment faire?

    Respect.

    Aurélien

  • Merci Aurélien, c’est très gentil.
    Le souci c’est que je ne sais pas trop quoi vous répondre : les films ne sont pas visibles en ligne et ils ne sont pas non plus en vente (sauf « Alzheimer, jusqu’au bout la vie », auprès d’Altomedia déjà pré-cité plus haut).

  • Meme question !
    Comment revoir « Neuromarketing, des citoyens sous influence ? »
    Je viens de louper la derniere rediffusion (et seule ?)sur Canal plus.
    Peut on se procurer le film en DVD ?
    L’acheter en VOD ?
    Ou est ce qu’on signe un petition ? ;-)

    Merci par avance pour toute aide et pour votre travail remarquable

  • Votre enthousiasme me va droit au coeur ! En ce qui concerne le film sur le neuromarketing, mon producteur, Altomedia, se demande s’il va l’éditer pour le distribuer. Réponse… d’ici quelques jours. Quant aux autres films (en dehors d’Alzheimer, jusqu’au bout la vie, disponible chez Altomedia), il n’est pas prévu de les éditer. Le mieux que je puisse faire est de les déposer au centre du film documentaire de Lussas (Ardèche), qui dispose d’une filmothèque conséquente, et de vous proposer d’aller les voir là-bas si vous avez l’occasion d’y faire un saut…
    Pour les pétitions ;-) il faut les adresser aux producteurs respectifs indiqués sur les fiches des films à la rubrique « Mes films »… Mais il faudrait beaucoup de signatures pour qu’il y ait une chance de les voir éditer !!!

    Encore merci pour vos commentaires :-)

  • Moi aussi j’aimerais beaucoup voir ce reportage (dont je n’ai vu que les extraits au zapping).
    Je vais écrire aux liens indiqués.

  • Bon, moi c’est tout pareil ! J’ai entendu sur France Inter, programmé l’enregistrement, me suis trompée de jour (…) et je me mords les doigts… Ecrire à Canalplus, c’est par courrier seulement, aucun mail n’est renseigné. Altomedia, je leur ai écrit, on ne sait jamais. Dommage, qu’il n’y ait pas une copie pirate qui circule et oblige les producteurs à réagir…! ON VEUT UNE COPIE PIRATE… ON VEUT UNE COPIE PIRATE…
    En tous cas, bravo pour ce documentaire qui présente les neurosciences sous un jour nouveau… tout ça est tellement passionnant et nous autres tellement naïfs…
    Mais j’y pense, peut-être que quelqu’un l’aura enregistré…?

  • merci de me donner une date de rediffusion. merci

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