Parlez-moi d’amour

Certains plaisirs non anticipés sont des perles de surprise, de purs bonheurs. Aujourd’hui samedi, alors que je vaquais en cuisine, je mets la radio sur France Culture. J’entends la voix affirmé d’un homme âgé, évoquant Mai 68, ses espoirs mais aussi sa déception de la politique, son refuge dans l’étude des textes philosophiques à une époque où, nommé professeur à l’Université, il doit préparer à l’agrégation des jeunes gens sur des sujets qu’il ne maîtrise pas lui-même. Curieuse, je me demande de qui il s’agit, tout en admirant son français aussi châtié que fluide, et sa maîtrise presque poétique de l’imparfait du subjonctif. Une pause musicale, et il est alors question d’amour. Ce philosophe, c’est Nicolas Grimaldi. Il raconte l’amour, le désir,  l’attente, la force de l’imaginaire, de la perception.  Son phrasé est jouissif, son enthousiasme communicatif.

Grimaldi pense contre Pascal pour qui le seul amour possible est de nature divine. Ce qui revient à n’aimer que ce qui est parfait, aimer ce qu’il est raisonnable d’aimer, une volonté éclairée par l’entendement. Or, souligne Grimaldi, si Adam se détourne de Dieu, alors qu’il est en présence de la perfection, qu’il ne peut théoriquement rêver mieux, c’est parce qu’il a le goût du temps et de la vie  (versus l’éternité), il ressent le désir de l’aventure, il veut éprouver la saveur de l’inconnu. Nous ne pouvons pas aimer pour des raisons raisonnables, nous aimons en dépit de toutes les raisons. Ainsi, préférer est le contraire d’aimer, assure le philosophe.

J’ai podcasté l’émission pour écouter le début que j’avais manqué. Avant l’amour, il était question du iatus entre la conscience humaine et la nature. « Pourquoi l’homme est-il dans la nature cet être si dénaturé qu’il ne vit jamais en paix avec lui-même ? », s’interroge Grimaldi ajoutant « je n’ai guère parlé que de cela toute ma vie ». « Toute vie est sur le chemin d’elle-même et par conséquent éloignée d’elle-même. Elle a à être ce qu’elle n’est pas encore et par conséquent, elle est une promesse dont il s’agit de savoir si elle est jamais tenue. Le propre de la vie c’est d’être une promesse, le propre de la graine c’est d’avoir à être la fleur qu’elle n’est pas encore et je ne sais pas si les graines ne sont pas secrètement tourmentées ».

Je suppose que cela dépend des graines…

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