Un Cyrano jubilatoire au Nouvel Olympia de Tours

Il se bat sans l’espoir du succès, parce que « c’est bien plus beau lorsque c’est inutile », il ferraille, au seuil de la mort, contre ses vieux ennemis : le Mensonge, les Compromis, les Préjugés, les Lâchetés, la Sottise. Ce héros pur, orgueilleux, ce poète qui ne saurait manquer d’élégance quand il s’agit de morale, cet homme « empanaché d’indépendance et de franchise », c’est, bien entendu, Cyrano de Bergerac. Magnifiquement interprété par Christophe Brault, sur la scène du centre dramatique régional de Tours, Cyrano prend une dimension toute particulière par les temps qui courent.

J’avais douze ans lorsque j’ai eu la chance de découvrir la pièce, jouée par les comédiens du Français. Si les interprètes d’alors m’avaient permis de découvrir un texte superbe, maniant avec virtuosité et inventivité les alexandrins, j’ai mesuré vendredi soir, lors de la première de Cyrano à Tours, le bouillonnement d’émotions que suscite l’oeuvre lorsque la mise en scène et le jeu des comédiens sont à la mesure des vers. A la bonne mesure ! Car il ne s’agit pas de grand spectacle au sens grand guignol, pas d’artillerie lourde mais bien davantage d’invention poétique, de chorégraphie, d’équilibre visuel et du dialogue entre un idéaliste et une foule qui reconnaît la valeur de ses convictions. Après une telle incarnation de l’invention littéraire d’Edmond Rostand, je manquais de mots pour exprimer ce que je ressentais. A la suite de la représentation, croisant Bernard Pico, le dramaturge, je lui faisais part de mon manque de vocabulaire. Il me répondit, parodiant les adversaires de Cyrano à propos de son nez : « Oui, c’est… beaucoup ! »

Tout est pensé, imaginé, éprouvé pour servir la pièce : la mise en scène et l’interprétation, je l’ai déjà dit, mais aussi la scénographie, le décor, les costumes, la musique, la lumière, les accessoires… tout est réglé au millimètre. Quel travail ! La patte de Gilles Bouillon, familier des mises en scène d’opéra, fait merveille avec Cyrano et ses dix-sept interprètes. Tous excellents, d’Emmanuelle Wion (Roxane) à Xavier Guittet (Ragueneau) en passant par Marc Siemiatycki (Le Bret), Thibaut Corrion (Christian), Cécile Bouillot (La Duègne). Sans parler des comédiens du Jeune théâtre en région centre, la « troupe » du cdr (distribution et ensemble de l’équipe, ici).

Et puis, il y a le nez et son maître, l’appendice qui a détruit les traits de Cyrano, « Il en rougit, le traître ». Un nez si bien fait qu’on le croirait d’origine. Et un maître si sensible et si généreux qu’il réalise ici une interprétation magistrale du héros gascon. Comment jouer un tel rôle sans trembler, sans penser à tous les prédécesseurs, à tous ceux qui connaissent par coeur la fameuse tirade des nez et autre ballade où « à la fin de l’envoi, je touche ». Christophe Brault se prête sans économie au personnage. Grâce à lui, on rit, on tremble, on pleure… on réfléchit ! Son panache transporte, fait du bien, et son humour fait mouche. Et lorsque vient l’heure de la mort, Cyrano Brault, tout en retenue, se hisse à la hauteur de son maître Michel Bouquet.

A Tours jusqu’au 27 octobre, à la Tempête (cartoucherie de Vincennes), du 9 novembre au 12 décembre, puis en tournée en France pour une centaine de représentations.

1 Réponse à “Un Cyrano jubilatoire au Nouvel Olympia de Tours”


  • Très bon article ma foi. J’ai beaucoup apprécié cette interprétation, ajouterais-je même « évidemment ». C. Brault est vraiment génial, mais tout autant que T. Corrion, qui se « hisse » à un niveau d’interprétation sensiblement épatant.
    Merci

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