Jeunes et même pas peur !

Beaucoup de points d’exclamation, décidément, dans les titres de mes derniers posts. L’expression d’un enthousiasme façon Coué ? Sans doute, tant il me semble que l’optimisme de la volonté reste le meilleur allié du pessimisme de l’intelligence, pour reprendre la formule de Gramsci.

De l’intelligence, de l’émotion (mais l’une ne pas va sans l’autre comme nous le savons grâce aux neurosciences), les étudiants réunis au sein de Paris+20, à Science Po, en ont témoigné ces derniers jours. Qu’ils étudient à l’IEP ou dans d’autres écoles et universités, et alors que leurs petits camarades ont pour la plupart déserté les salles de cours, les Paris+20 sont restés pour « jouer » à… Rio+20. Jouer au sens très sérieux des enfants, avec des règles à respecter, des enjeux et des objectifs à atteindre. Jouer pour apprendre, pour comprendre et pour agir plus efficacement lorsqu’une situation comparable au jeu se présentera un jour, en « vrai ». Un exercice pédagogique grandeur nature qui vaut sûrement un bon cycle de cours sur les négociations internationales.

Jeunes et même pas peur ! dans Ecologie Paris+2021

Les Paris+20 ont commencé à travailler dès l’automne dernier. Depuis plusieurs mois, ils planchent sur les sujets liés à l’environnement, tentant le difficile exercice d’empathie qui consiste à se prendre pour des représentants de différents états, mais aussi de « major groups » (des acteurs majeurs du développement durable reconnus comme tels par l’ONU, par exemple les femmes, les jeunes, les scientifiques, les travailleurs, les milieux des affaires et de l’industrie ou encore les agriculteurs…).

Hier, donc, l’exercice touchait à sa fin avec la séance plénière de clôture à laquelle j’ai assisté. Un peu surprise, à dire vrai, de ne pas avoir vu davantage de journalistes à la veille de Rio+20, tant l’exercice me semble innovant et original. Ouverte par Jean-Pierre Thébault, ambassadeur délégué à l’environnement, la séance a conclu trois jours de négociations, qualifiées tour à tour de denses, fortes, douloureuses, courageuses, houleuses, réjouissantes. Apparemment, les débats, la sueur, l’engagement, l’exaspération, la patience, rien de ce qui fait l’ambiance d’une telle négociation n’a manqué. « J’espère que l’un d’entre vous sera à Rio+30 « , a commenté Jean-Pierre Thébault, en souhaitant que des solutions raisonnables, plutôt que des conflits tragiques, permettent de résoudre les problèmes de la planète. Match Point? Un peu comme si la balle décisive pouvait encore tomber d’un côté ou de l’autre…

Montage22 dans Economie
Photos Claire Bourrasset

Les représentants des différentes délégations ont élaboré et signé un document intitulé « Le futur que nous voulons » (même titre que celui du « draft zero » élaboré par les Nations Unies, le document qui sert de base aux négociations en vue d’une déclaration finale). Parmi les points marquants du document des Paris+20, la création d’une organisation des Nations Unies pour le développement durable (le cadre institutionnel du développement durable représente l’un deux deux axes majeurs du « vrai » draft zéro, tant les instances internationales brillent par leur inefficacité en la matière), la mise en place d’un fonds, le tout financé par la création d’une taxe universelle sur les transactions financières dont le taux est fixé à 0,02%. Il est probable (doux euphémisme) que sur ce dernier point, les Paris+20 aient une bonne longueur d’avance sur leurs aînés.

Autres aspects importants de la déclaration finale, l’accent mis sur l’économie bleue, « corollaire à l’établissement d’une économie verte concernant la gestion et l’utilisation durable des océans et de leurs ressources », l’affirmation de la place et du rôle des femmes notamment dans l’éducation, l’économie, la santé. Au total, près de 100 articles constituent cette déclaration ambitieuse.

« Nous nous sommes mis d’accord sur la recette, il nous reste à la cuisiner », a remarqué Kevin Chrysostome, le représentant du Bénin. « La générosité de l’esprit humain peut surmonter toute adversité », a, de son côté, souligné la représentante de l’Afrique du Sud, Chloé Malavolti, citant ainsi Nelson Mandela. Marie-Louise Apostolescu, la représentante de la Bolivie, a souhaité que l’économie verte, telle qu’elle est promue dans le texte, ne corresponde pas seulement à « un verdissement de façade du modèle économique actuel », mais bien à un changement de cap. Les Etats-Unis, qui ont, pour cette simulation, accepté une contrainte de taille (la taxe sur les transactions financières), ont regretté de n’être considérés que comme des bloqueurs de négociations alors qu’ils ne demandent « pas mieux que d’améliorer la marche du monde », comme l’a assuré Sabrina Marquant. Quant à la déléguée chinoise, Jingjing Chen, elle a conclu en citant un proverbe de l’empire du milieu : « Quand une parole est lancée, même quatre chevaux sont en peine pour la rattraper ».

L’esprit général de la simulation a été résumé par Juliette Decq, l’une des valeureuses organisatrices (sérieusement, le sens de l’organisation de ces étudiants est bluffant) : « Nous n’avons pas peur, nous ne serons pas la génération condamnée. Le vent qui souffle à Paris souffle aux quatre coins du monde », évoquant au passage les simulations organisées par des étudiants de nombreux pays.

Pour tout dire, j’ai trouvé ce vent rafraîchissant. J’entends déjà les voix chagrines qui balayeront cette déclaration et l’enthousiasme qui va avec d’un : « Oui, mais dans la vraie vie, ça ne peut pas se passer comme ça ». Les états ne peuvent pas s’entendre sur de telles mesures, les intérêts des nations (d’ailleurs, à l’époque des indignés et des printemps arabes et érable, est-ce-que ça a un sens, l’intérêt des nations ?) l’emportent toujours sur l’intérêt planétaire et le court terme reste le tempo dominant des rythmes gouvernementaux. Les jeunes seraient naïfs et optimistes, leurs aînés réalistes et donc défaitistes ?

Il y a deux semaines, lors d’une « causerie » organisée par l’Institut des Futurs Souhaitables à l’ESC de Paris, Dennis Meadows, à l’occasion de la promotion de son livre Les limites de la croissance (retraduit et remis à jour), se situait clairement du côté cynique de la force. Ce rapport, demandé à une équipe du MIT par le club de Rome il y a 40 ans, avait conclu que la croissance matérielle perpétuelle conduirait à un « effondrement » du monde, à savoir la diminution brutale de la population accompagnée d’une dégradation significative des conditions de vie. Meadows et son équipe pensaient alors qu’il y avait moyen de ralentir voire de faire marche arrière pour éviter l’effondrement. Aujourd’hui, puisque personne n’a eu l’air de prendre au sérieux ce rapport, il n’y croit plus. « Je ne fais confiance ni dans les gouvernements, ni dans les initiatives citoyennes pour prendre les mesures nécessaires et je ne crois pas davantage au développement durable », affirmait-il remarquant au passage : « Mais qui a dit que la pauvreté devait disparaître et que tout le monde devait connaître le même développement ? ». Gloups. Certes, le modèle occidental de développement a des ratés, certes il faut le réinventer, mais de là à penser que certains pourraient se contenter de presque rien alors que d’autres ont presque tout… brrrr… Seule la résilience de la planète et d’une partie de sa population, après l’effondrement, permettront, aux yeux de Meadows, de bâtir un autre monde. J’avais l’impression de voir défiler les pages de Ravage, le roman de Barjavel, où un petit groupe humain survit à un cataclysme sans précédent et fonde une nouvelle société, plus juste, plus respectueuse de l’environnement, plus humaine et touci et touça. Drôle de vision.

Dans cette interview donnée au Monde, Meadows remarque que le problème majeur, c’est l’absence de prise en compte du long terme par les pouvoirs publics. Et là, je suis d’accord. Et, bonne nouvelle, pleins de gens aussi dont les Paris+20 qui ont fait une place au « Long terme », incarné par une délégation au même titre que n’importe quel état. Le brillant orateur du « Long terme » de Paris+20, Pierre Bonneau, en signant la déclaration finale, a raconté l’histoire d’un enfant de 2100 qui interrogera ses parents pour comprendre le monde d’avant, celui où les inégalités le disputaient à l’épuisement de la ressource et aux atteintes à l’environnement. « Mais en juin 2012, les états ont changé le monde, ils ont reconnu que le monde entier n’est qu’un seul pays, et l’humanité, une seule famille », a rêvé le représentant du « Long terme », avant de revenir sur terre : « beaucoup reste à accomplir pour que cette histoire devienne une réalité ».

Les rêves, les espoirs et l’optimisme des Paris+20 ont ému Sébastien Treyer, directeur des programmes de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), qui a conclu cette journée. « Vous avez poussé le curseur de la solidarité et de la justice bien en avant », a-t-il commenté aux Paris+20, soulignant qu’il n’oublierait pas cet espoir lors du sommet de Rio+20 auquel il se rendra. D’ailleurs onze représentants des Paris+20 seront à Rio pour le lui rappeler !

Si l’empathie peut sauver le monde, si le pire n’est jamais certain, la multiplication des initiatives comme celles de Paris+20, ou de nombreuses autres initiatives collaboratives, celles des villes en transition, l’essaimage des expériences de terrain réussies tel que le pratique Movilab, toute cette énergie et cette créativité humaine font, à mes yeux, du catastrophisme, un modèle dépassé.

A condition, bien entendu, que les aînés des Paris+20, à Rio, comprennent eux aussi cette aspiration planétaire et sachent y apporter des réponses pertinentes.

PS : Le texte de la déclaration finale des Paris+20 est ici
fichier pdf déclaration finale Paris+20

Et pour suivre l’actualité de l’imagination durable, ou plus simplement celles des idées et des innovations en matière de de développement soutenable, cf Sustainable imagination, des articles en français et en anglais, issus de nombreuses sources.

1 Réponse à “Jeunes et même pas peur !”


  • vagabond du Québec

    LÈVE-TOI PÈLERIN
    dormir
    sous le pont de Gatineau, une nuit froide de neige
    même pas de sac de couchage, du noir au beige

    gémir
    en p’tit bonhomme, les g’noux dans l’manteau
    le nez sous l’gilet, là ou c’est chaud

    grandir
    contre le mur de ciment se faire si petit
    que son coeur en devient firmament

    s’ennoblir
    au point ou l’on devient soi-même
    un immense pays entre deux océans

    REFRAIN

    la bonte l’humilité, l’humanité
    comme vêtement de vie

    lève-toi pèlerin
    même si t’as froid même si t’as faim

    ensemence ton pays d’un rêve
    pour les jeunes de demain

    ta guitare à la main
    marche marche les chemins
    ne triche pas ton rêve en douce
    en faisant du pouce

    quand un jeune t’embarque
    écoute le jusqu’au matin
    parce que son rêve à lui commence
    là où finit le tien

    TURLUTTE

    COUPLET 2

    manger
    quand on t’a ramassé pour t’emmener souper
    dans l’espoir d’une belle soirée
    par ta guitare endimanchée

    s’laver
    la route c’est accepter
    d’ètre sale en dehors
    d’ètre propre en dedans
    en s’guettant

    s’coucher
    avoir honte de ses peurs
    quand y a tellement d’êtres humains
    qui ont pas l’choix d’avoir peur

    s’éveiller
    soudain en pleine nuit
    s’enfuir sans faire de bruit
    après avoir écrit merci

    COUPLET 3

    vaciller
    dans un café internet, recevoir un courriel
    d’un ami de jeunesse, qui veut t’immortaliser
    d’un geste bien intentionné

    créer
    une chanson chaque nuit
    parce que la veille ce que t’écris
    semble s’être évanoui

    dessiner
    entre ta voix et tes lèvres
    tous les cris des humains
    qui ont choisi d’aimer
    même s’ils sont mal aimés

    rêver
    qu’après sa mort peut-être
    de milliers de jeunes en mal d’être
    reprendront ton épopée
    vers ce pays oeuvre d’art à créer

    FINALE
    la bonté, l’humilité, l’humanité
    comme vêtement
    d’aimer

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