Il nous faudrait « une bonne guerre » ?

« Peut-on bâtir un monde durable avant la fin du monde? ». Cette question aux accents eschatologiques n’est pas le fruit d’un prédicateur illuminé, mais le titre d’un article publié il y a quelques mois dans le quotidien britannique The Guardian. Ecrit par un spécialiste du développement durable, il se fait l’écho d’une sourde angoisse contemporaine quant à l’avenir de la planète dans le contexte du réchauffement climatique et de l’épuisement de la ressource. Que faire ? Rien, selon les pessimistes, le monde court à sa perte et c’est tant pis pour nous. L’humanité peut disparaître, la Terre, résiliente, survivra aux désordres climatiques. Agir, estiment les optimistes, transformer la volonté en décisions et les décisions en actes. Agir, oui, mais agir vite.

Il nous faudrait

Or, malgré les alertes maintes fois lancées dans le passé, notamment par les écologistes de la première heure comme René Dumont, ou par le Club de Rome via le rapport Meadows sur les limites de la croissance, tout se passe comme si l’ampleur de la tâche entraînait fatalement une inertie paralysante. Le paquebot est bien trop lourd et les capitaines bien trop nombreux. Qu’attendons-nous pour réagir ? Une catastrophe ? Une « bonne guerre » ?

Du plus loin qu’il m’en souvienne, j’entends parler de pollution, de pénurie, de menaces sérieuses sur l’environnement. Les films et les livres de mon adolescence racontaient déjà la fin d’une planète vivable, d’un environnement respirable. Avec Ravage, où Barjavel imagine la fin de l’humanité technologique, je découvrais un monde hyper connecté, totalement dépendant de son réseau électrique, un univers fragile qui s’effondre du jour au lendemain et conduit l’humanité au chaos. Dans Solyent Green (Soleil Vert) de l’Américain Richard Fleischer, la Terre baigne dans un environnement sulfureux, duquel faune et flore ont pratiquement disparu, où la rareté des terres cultivables impose la consommation d’un produit de synthèse, le Solyent, et dont les citoyens affamés provoquent régulièrement des émeutes. Dans le monde réel de mon enfance, les chocs pétroliers avaient brutalement mis en lumière les propos de Paul Valéry qui dès 1931 évoquait l’entrée de l’humanité dans « le temps du monde fini ». Souvenir d’alors, les illuminations de Noël avaient momentanément disparu des villes pour économiser la ressource. Malgré tout, « l’ennemi » semblait encore loin et l’humanité continuait sur sa lancée productiviste.

Aujourd’hui, l’ennemi se précise. On sait désormais que le réchauffement climatique est inéluctable, plus rapide que les premières hypothèses ne l’avaient laissé entendre et ses conséquences sont de moins en moins contrôlables. L’ensemble des pays occidentaux continue à produire chaque année de plus en plus de gaz à effet de serre. La Chine inaugure chaque semaine une ou deux centrales à charbon. La production de CO2 et de méthane augmente sans cesse et l’océan en stocke moins que prévu. Si rien ne change, la planète risque de franchir un seuil au-delà duquel il sera difficile voire impossible de faire marche arrière.

Alors quoi ? Qu’attendons-nous pour agir ? Pourquoi les négociations climatiques, indispensables mais insuffisantes, laissent-elles toujours cette impression d’apathie malgré les pas effectués ? Qui va et qui doit décider le changement ? Les pouvoirs publics ou les citoyens ?

Par le passé, pendant la seconde guerre mondiale, plusieurs pays dont les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont su se mobiliser en quelques semaines pour économiser la ressource, favoriser le recyclage et inciter à l’agriculture domestique au titre de l’effort de guerre. Des pans entiers du secteur industriel (notamment automobile) ont été réorganisés pour lutter contre l’ennemi. Les pays peuvent-ils aujourd’hui déclarer la guerre au dérèglement climatique de la même manière ? Peuvent-ils restructurer leur industrie et leur agriculture, avoir un impact sur la consommation d’énergie et de matières premières pour faire reculer la menace d’un monde chaotique ?

ecology7 dans Ecologie

Pourquoi ce qui est faisable en temps de guerre semble si compliqué en temps de paix ? Question naïve ? Peut-être, mais je poursuis : est-ce seulement une question d’époque et de globalisation ? L’urgence est-elle le seul paramètre capable de modifier nos comportements ? Quels sont les freins qui, lorsque la catastrophe écologique semble inéluctable en l’absence de changement de cap, empêchent les sociétés et leurs citoyens d’agir de façon apparemment plus sensée en matière d’environnement ? Les sondages le confirment : en Europe, une majorité d’individus se disent prêts à accepter des changements dans leurs comportements, leurs conditions de vie, pour réduire le recours aux ressources naturelles. Pourtant, dès qu’il est question de mettre en place une taxe carbone, c’est la levée des boucliers. Souhaiter la frugalité tout rêvant d’abondance, c’est humain, sans doute. Oui, mais alors comment résoudre les problèmes que nous posent chaque fois plus pollution, réchauffement climatique et autre épuisement des ressources naturelles ? De façon autoritaire ? Rien n’est moins sûr. Sans doute par des incitations convaincantes, voire contraignantes, mais en proposant un autre horizon, de vraies solutions, du concret et pas uniquement en brandissant le spectre de la catastrophe. Et surtout en n’oubliant pas que le social, l’économique et l’environnemental sont étroitement liés. Et que sans ressort humain, sans miser sur le formidable potentiel humain, sur l’immense envie de bouger, de créer, de dépoussiérer pour ne pas dire de modifier les rapports sociaux, en un mouvement transversal plutôt que pyramidal… ça ne le fera pas ! Sans mener une guerre.. si ce n’est contre le réchauffement climatique, l’isolement social et l’économie sauvage.

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