Archive pour la Catégorie 'Humanité'

La ville désirable

A la question, qu’est-ce qu’une ville durable, posée à Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle, ville pilote en développement durable, la réponse fut claire : c’est une ville désirable. Le durable, c’est du désirable. Pas le désirable vendu par les annonces publicitaires. Pas, comme dans la chanson Foule sentimentale d’Alain Souchon, « de l’avoir plein nos armoires ». Lire la suite de ‘La ville désirable’

Il nous faudrait « une bonne guerre » ?

« Peut-on bâtir un monde durable avant la fin du monde? ». Cette question aux accents eschatologiques n’est pas le fruit d’un prédicateur illuminé, mais le titre d’un article publié il y a quelques mois dans le quotidien britannique The Guardian. Ecrit par un spécialiste du développement durable, il se fait l’écho d’une sourde angoisse contemporaine quant à l’avenir de la planète dans le contexte du réchauffement climatique et de l’épuisement de la ressource. Que faire ? Rien, selon les pessimistes, le monde court à sa perte et c’est tant pis pour nous. L’humanité peut disparaître, la Terre, résiliente, survivra aux désordres climatiques. Agir, estiment les optimistes, transformer la volonté en décisions et les décisions en actes. Agir, oui, mais agir vite.

Il nous faudrait

Or, malgré les alertes maintes fois lancées dans le passé, notamment par les écologistes de la première heure comme René Dumont, ou par le Club de Rome via le rapport Meadows sur les limites de la croissance, tout se passe comme si l’ampleur de la tâche entraînait fatalement une inertie paralysante. Le paquebot est bien trop lourd et les capitaines bien trop nombreux. Qu’attendons-nous pour réagir ? Une catastrophe ? Une « bonne guerre » ?

Du plus loin qu’il m’en souvienne, j’entends parler de pollution, de pénurie, de menaces sérieuses sur l’environnement. Les films et les livres de mon adolescence racontaient déjà la fin d’une planète vivable, d’un environnement respirable. Avec Ravage, où Barjavel imagine la fin de l’humanité technologique, je découvrais un monde hyper connecté, totalement dépendant de son réseau électrique, un univers fragile qui s’effondre du jour au lendemain et conduit l’humanité au chaos. Dans Solyent Green (Soleil Vert) de l’Américain Richard Fleischer, la Terre baigne dans un environnement sulfureux, duquel faune et flore ont pratiquement disparu, où la rareté des terres cultivables impose la consommation d’un produit de synthèse, le Solyent, et dont les citoyens affamés provoquent régulièrement des émeutes. Dans le monde réel de mon enfance, les chocs pétroliers avaient brutalement mis en lumière les propos de Paul Valéry qui dès 1931 évoquait l’entrée de l’humanité dans « le temps du monde fini ». Souvenir d’alors, les illuminations de Noël avaient momentanément disparu des villes pour économiser la ressource. Malgré tout, « l’ennemi » semblait encore loin et l’humanité continuait sur sa lancée productiviste.

Aujourd’hui, l’ennemi se précise. On sait désormais que le réchauffement climatique est inéluctable, plus rapide que les premières hypothèses ne l’avaient laissé entendre et ses conséquences sont de moins en moins contrôlables. L’ensemble des pays occidentaux continue à produire chaque année de plus en plus de gaz à effet de serre. La Chine inaugure chaque semaine une ou deux centrales à charbon. La production de CO2 et de méthane augmente sans cesse et l’océan en stocke moins que prévu. Si rien ne change, la planète risque de franchir un seuil au-delà duquel il sera difficile voire impossible de faire marche arrière.

Alors quoi ? Qu’attendons-nous pour agir ? Pourquoi les négociations climatiques, indispensables mais insuffisantes, laissent-elles toujours cette impression d’apathie malgré les pas effectués ? Qui va et qui doit décider le changement ? Les pouvoirs publics ou les citoyens ?

Par le passé, pendant la seconde guerre mondiale, plusieurs pays dont les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont su se mobiliser en quelques semaines pour économiser la ressource, favoriser le recyclage et inciter à l’agriculture domestique au titre de l’effort de guerre. Des pans entiers du secteur industriel (notamment automobile) ont été réorganisés pour lutter contre l’ennemi. Les pays peuvent-ils aujourd’hui déclarer la guerre au dérèglement climatique de la même manière ? Peuvent-ils restructurer leur industrie et leur agriculture, avoir un impact sur la consommation d’énergie et de matières premières pour faire reculer la menace d’un monde chaotique ?

ecology7 dans Ecologie

Pourquoi ce qui est faisable en temps de guerre semble si compliqué en temps de paix ? Question naïve ? Peut-être, mais je poursuis : est-ce seulement une question d’époque et de globalisation ? L’urgence est-elle le seul paramètre capable de modifier nos comportements ? Quels sont les freins qui, lorsque la catastrophe écologique semble inéluctable en l’absence de changement de cap, empêchent les sociétés et leurs citoyens d’agir de façon apparemment plus sensée en matière d’environnement ? Les sondages le confirment : en Europe, une majorité d’individus se disent prêts à accepter des changements dans leurs comportements, leurs conditions de vie, pour réduire le recours aux ressources naturelles. Pourtant, dès qu’il est question de mettre en place une taxe carbone, c’est la levée des boucliers. Souhaiter la frugalité tout rêvant d’abondance, c’est humain, sans doute. Oui, mais alors comment résoudre les problèmes que nous posent chaque fois plus pollution, réchauffement climatique et autre épuisement des ressources naturelles ? De façon autoritaire ? Rien n’est moins sûr. Sans doute par des incitations convaincantes, voire contraignantes, mais en proposant un autre horizon, de vraies solutions, du concret et pas uniquement en brandissant le spectre de la catastrophe. Et surtout en n’oubliant pas que le social, l’économique et l’environnemental sont étroitement liés. Et que sans ressort humain, sans miser sur le formidable potentiel humain, sur l’immense envie de bouger, de créer, de dépoussiérer pour ne pas dire de modifier les rapports sociaux, en un mouvement transversal plutôt que pyramidal… ça ne le fera pas ! Sans mener une guerre.. si ce n’est contre le réchauffement climatique, l’isolement social et l’économie sauvage.

Le protocole pris au piège

Cette belle formule, dont je ne suis pas l’auteure revient à Alexandre Astier. Comédien, auteur-réalisateur-metteur en scène, musicien, connu pour la série Kaamelott, il a réalisé le film David et Madame Hansen qui sort aujourd’hui en salle. Hier matin, sur les ondes d’Inter, dans l’émission de Pascale Clark, j’ai eu le plaisir de l’entendre évoquer un documentaire allemand, Une journée disparue dans le sac à main, en particulier l’héroïne dudit documentaire qui a inspiré son film. Il expliqua, en substance que, par chance, cette femme, malgré la maladie, avait encore les moyens d’exprimer ce qu’elle ressentait, pouvant ainsi « envoyer chier » (je cite !) l’ergothérapeute à chaque tentative de proposition d’ « activité ». Et de raconter sa jubilation devant « le protocole pris au piège ». Lire la suite de ‘Le protocole pris au piège’

Jeunes et même pas peur !

Beaucoup de points d’exclamation, décidément, dans les titres de mes derniers posts. L’expression d’un enthousiasme façon Coué ? Sans doute, tant il me semble que l’optimisme de la volonté reste le meilleur allié du pessimisme de l’intelligence, pour reprendre la formule de Gramsci.

De l’intelligence, de l’émotion (mais l’une ne pas va sans l’autre comme nous le savons grâce aux neurosciences), les étudiants réunis au sein de Paris+20, à Science Po, en ont témoigné ces derniers jours. Qu’ils étudient à l’IEP ou dans d’autres écoles et universités, et alors que leurs petits camarades ont pour la plupart déserté les salles de cours, les Paris+20 sont restés pour « jouer » à… Rio+20. Jouer au sens très sérieux des enfants, avec des règles à respecter, des enjeux et des objectifs à atteindre. Jouer pour apprendre, pour comprendre et pour agir plus efficacement lorsqu’une situation comparable au jeu se présentera un jour, en « vrai ». Un exercice pédagogique grandeur nature qui vaut sûrement un bon cycle de cours sur les négociations internationales.

Jeunes et même pas peur ! dans Ecologie Paris+2021 Lire la suite de ‘Jeunes et même pas peur !’

De mon pays

Le premier tour des élections, une nouvelle claque, un nouveau coup au moral : 6,4 millions d’électeurs ont voté pour le front national. Consternation : jamais l’extrême droite n’a été aussi forte en France. La peur de l’autre camperait-elle désormais sur ses deux jambes, bien solidement ? La désignation du bouc émissaire continue sa progression… jusqu’où ? Mon pays me semble bien triste ce matin, rabougri, ratatiné sur son malaise…
Oui, mais plus de 80% des électeurs n’ont PAS voté pour le FN, alors… il reste un espoir.
En attendant, pour lutter contre le désarroi et la vulgarité du moment, la poésie de l’artiste Pablo Pares, une douce antidote de nostalgie et de légèreté.

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La transmission du flambeau

Ce matin, aux Invalides, un petit vent glacial pinçait la peau. Pourtant, une vague de chaleur humaine, un souffle d’espoir flottait parmi la foule rassemblée pour les funérailles de Raymond Aubrac. Les anonymes qui, comme moi, assistaient à la cérémonie de départ de l’illustre résistant semblaient vouloir témoigner d’une chose: l’esprit de résistance ne meurt pas avec ses derniers représentants. Leur audace et leur courage résonnent plus que jamais dans le monde compliqué au sein duquel nous nous débattons.

Un petit garçon étonné, des jeunes filles concernées, des adolescents graves, des jeunes adultes recueillis, des moins jeunes émus, des médailles, des cannes et des cheveux blancs, d’anciens camarades de lutte, quelques politiques discrets composaient ce matin une foule attentive et concentrée. L’ exemple de Lucie et Raymond Aubrac, transmis sans relâche aux plus jeunes à travers les multiples échanges qu’ils ont eus avec les lycéens ne s’évanouira pas avec leur disparition physique. D’ailleurs, s’ils ont témoigné inlassablement, c’est bien qu’ils comptent sur nous, confiants.

Un engagement dont fait preuve à son tour Renaud Helfer-Aubrac, leur petit-fils, conseiller à la mairie de Paris, très impliqué dans l’humanitaire, « sans-fontiériste » convaincu. Il éclairait ce matin l’événement de sa présence bienveillante. A la fin de la cérémonie, devant les Invalides, généreux, il avait un mot pour les uns, un sourire pour les autres. En l’observant, j’ai compris que la flamme des Aubrac brûle toujours, bien vivante. Grand-père et petit-fils ont ensemble écrit un livre, Passage de témoin, évoqué dans cet entretien à TV5 Monde.

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L’ennemi d’aujourd’hui est plus difficile à cerner, mais il a le même visage haineux que celui d’autrefois : xénophobie, intolérance, fanatisme. J’ai même envie d’ajouter défaitisme, discours de peur qui pousse à bout, qui conduit à l’idée que « l’on n’y peut rien ». Parce que les Aubrac, de génération en génération, sont convaincus qu’il faut penser et s’engager sur le long terme, parce que leur envergure témoigne d’un autre horizon, je leur dis merci ! Merci à cette magnifique famille d’exister et de nous donner l’espoir que, peut-être, nous saurons à notre tour être à la hauteur de leur esprit de résistance.

Heureux les fêlés

Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière ! ». Cette phrase de Michel Audiard, Blandine Prévost se l’est appropriée. Ingénieur en électronique, mariée à « un type formidable », mère de trois beaux enfants, Blandine a… une fêlure. Une faille qui survient dans la vie de beaucoup de gens, mais généralement à un âge plus avancé que le sien, 38 ans. Une lézarde qui suscite presque immédiatement, quand on la nomme, apitoiement et commentaires compatissants. Une brèche qui modifie instantanément le regard de ceux qui en prennent connaissance, formatés que nous sommes à associer cette maladie avant tout à l’oubli, la déraison, la perte de dignité. Si je tarde à nommer ce qui la handicape, c’est parce que je voudrais laisser de côté la cohorte d’idées reçues afin que Blandine ne disparaisse pas derrière sa maladie. Lire la suite de ‘Heureux les fêlés’

Né le 14 juillet en Egypte

Il s’appelle Adham, il est né le 14 juillet 2011, à Louxor, en Haute-Egypte. Il est le fils de mon amie Shadia et de son mari Mohamed. En cette année de révolutions arabes, cette date de naissance sonne comme un clin d’œil pour la Française que je suis. Certes, il n’est pas question d’interpréter le printemps arabe à l’aune de l’histoire française. Ni les lieux, ni les époques ne l’autorisent comme le souligne Mathieu Guidère dans son excellent ouvrage Le choc des révolutions arabes. D’ailleurs, vue de Louxor, la « révolution du 25 janvier » a un goût amer. Porteuse d’espoir, elle s’est rapidement révélée désastreuse d’un point de vue économique, dans une région où le tourisme est la principale source de revenus. Des chauffeurs de taxi au personnel des « cruise boats », des felouquiers aux commerçants des souks, des milliers d’Egyptiens se retrouvent sans travail. Lire la suite de ‘Né le 14 juillet en Egypte’

Pourquoi j’ai mangé mon mari

La scène se déroule au Pléistocène moyen, vers 300 000 avant notre ère (NDLR : l’idée d’une équivalence entre « notre ère » et Jésus Christ me laisse perplexe mais si je commence à remettre en cause chaque convention langagière, je n’arriverai jamais au bout de ce post).

Andrée et Gaston, deux homo erectus dans la fleur de l’âge, vaquent à leurs occupations. Elle nettoie bols et soupières dans le ruisseau. Lui taille un silex, sans conviction, plus intéressé par le spectacle du postérieur de sa compagne que par son labeur ingrat. La météo est clémente en ce printemps lointain et le climat, doux, propice à l’éveil des sens. Vite lassé par sa fastidieuse tâche, Gaston se dirige vers Andrée et sans prévenir, s’agrippe à ses hanches avant de la pénétrer vigoureusement. Andrée se laisse faire (à cette époque, elle n’a pas trop le choix), non sans pester car la surprise lui a fait lâcher une coupe en argile qu’une nouvelle fois il va falloir remodeler, comme si elle n’ avait que ça à faire ! Très en forme, Gaston lutine, trousse, en un mot, s’attarde. C’est alors qu’arrive un drôle d’individu, glabre, bizarrement vêtu de matières inconnues, émettant des sons étranges et nouveaux. Gaston l’observe, méfiant, sans pour autant lâcher sa femelle qui s’impatiente. Lire la suite de ‘Pourquoi j’ai mangé mon mari’

Derniers jours avant l’an neuf

Lundi, balade à Paris, avec la co-auteure de mes jours, le long de la Seine, en partant de Châtelet. Le fleuve déborde, pas une voiture sur les voies rapides. Les berges s’offrent tout entières aux passants, aux joggers et aux canards. Douce impression de calme au coeur de la ville agitée. Je rêve de plus en plus d’un Paris avec le moins de voitures possible. Pour rester sur un petit nuage, je vais voir Le Nom des gens de Michel Leclerc, avec Jacques Gamblin et Sara Forestier. Un beau film, qui fait du bien et parle à mes racines mélangées. Les deux comédiens sont magnifiques. Lire la suite de ‘Derniers jours avant l’an neuf’

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